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Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse
  • La vie après la greffe, 28 septembre 2026

    Week-end des 26 et 27 septembre

    Je reviens rapidement sur la journée d’hier, vendredi 25 septembre. Nous sommes partis vers 10 h en direction du parc des expositions, à l’est d’Angers. C’est le salon de l’ameublement et nous avons un projet, non pas d’achat de meubles (où les mettrions-nous ?), mais un autre projet plus conséquent ; je vous sens curieux, cependant, rien n’est décidé ni acté et ce projet restera secret.

    Nous sommes ensuite allés dans cette immense zone commerciale en forme de soucoupe volante où nous avons déjeuné : nous avions faim et nous avions aussi envie de nous poser, car le fait d’arpenter le salon, dans le brouhaha et dans tous les sens nous avait un peu fatigués. L’objectif était ensuite de trouver de nouvelles plaques « gaz + induction », car les nôtres donnent des signes d’obsolescence. Cela fait 20 ans que nous sommes dans la maison et elles étaient déjà en place. Il a donc fallu chercher avec une des vendeuses présentes dans le rayon électroménager de cuisine un ensemble qui corresponde à l’emplacement déjà présent ; ce n’est pas une mince affaire. Heureusement, Michel avait pris les mesures en passant un bon moment dans le placard sous la plaque. Opération en plusieurs temps : 1) sortir les poêles et les casseroles qui sont rangées là, 2) sortir la planche intermédiaire, 3) en profiter pour nettoyer l’intérieur et la planche qui est sortie, 4) prendre les mesures, 5) remettre en place la fichue planche qui ne passe que dans un sens, 6) remettre en place les poêles et les casseroles, 6) aider Michel à se déplier.

    Bientôt, il faudra recommencer toute l’opération, extraire les plaques et vérifier les mesures prises. S’il faut rogner un centimètre, ce ne sera pas une mince affaire. Ce jour-là, j’aurai un rendez-vous urgent, genre séance d’aquaponey.

    Tout ce que je viens d’écrire n’utilise pas l’intelligence artificielle… enfin, ce n’est pas tout à fait exact, puisque je fais appel à un correcteur orthographique efficace, qui propose aussi des reformulations si j’écris une phrase qu’il juge bancale. La plupart du temps, je ne tiens pas compte des suggestions, parfois tartignoles, mais, dans d’autres cas, elles sont pertinentes, parce que j’ai oublié un mot, ou utilisé deux fois « : » dans une phrase. Et là, j’ai recours à l’intelligence artificielle qui reprend mes mots en les agençant différemment. Vous voyez où je veux en venir : l’écrivain Thélyson Orélien a, semble-t-il, écrit un roman en ayant recours à l’IA. Il aurait pu dire, comme je viens de le faire, que l’IA est partout, même dans Word, et que le recours à des correcteurs orthographiques s’appuie sur cette technologie. Il aurait pu dire aussi que l’IA, c’est bien pratique quand on sait l’utiliser et qu’il faut faire des recherches préalables : contexte historique, vérification de faits scientifiques, géographie, que sais-je encore ? Au lieu de quoi, il a dit « Non, ce n’est pas vrai ». C’est là où réside la faiblesse de sa défense. S’il avait dit : c’est un outil qui permet d’éviter de raconter n’importe quoi, ou qui m’évite des incohérences textuelles, il aurait été plus crédible. Cela aurait permis de contextualiser un débat sain et utile.

    Le plus grave, dans cette histoire, ce sont les plagiats dont on l’accuse aussi. Là, il n’y a rien à contextualiser, malheureusement. J’ai beaucoup souri en entendant certaines plumes dire « Il faut revenir au manuscrit ». J’imaginais, en ricanant nerveusement, la tête d’un éditeur qui recevrait un de mes manuscrits écrits en pattes de mouches illisibles… Et je pourrais, vilain que je suis, recopier un texte rédigé par l’IA. Je ne vois pas ce que cela résoudrait : si je veux « tricher », je trouverai un moyen de le faire. Plusieurs auteurs ont dit, assez justement, que de grands écrivains avaient utilisé des prête-plume (que l’on appelait naguère « nègres », mais c’est devenu incorrect). Alexandre Dumas faisait appel à Auguste Maquet. De même, les politiques ont recours à des « prête-plume » pour écrire leurs discours. Enfin, certains : quand on voit les élucubrations de Trump, je ne pense pas qu’un prête-plume soit derrière. L’esclave moderne s’appelle désormais « Claude » ou « Gemini », ou « ChatGPT », et il arrive à duper des lectrices et lecteurs : Amélie Nothomb avait été enthousiasmée à la lecture du livre d’Orélien, et ce n’était pas la seule ; Alexandre Dumas continue à captiver les lecteurs qui découvrent ou redécouvrent son œuvre sans se soucier de savoir quels sont les passages qui ont été écrits par un autre.

    Voici un article très intéressant qui permet de comprendre le positionnement des libraires. Beaucoup continuent à défendre le livre. Voici un extrait :

     « À la place d’éditeurs, on met des gens qui sortent d’écoles de commerce, qui ne connaissent rien au livre. Qui est à la tête des maisons d’édition ? Qui fait la correction ? On retrouve de plus en plus de coquilles, d’erreurs, de syntaxe dans tous les livres qui sont publiés. Est-ce que la question ne devrait pas se poser à ce niveau-là, plutôt que de tirer sur un auteur ? » Lecteurs et libraires s’interrogent en tout cas sur la rapidité avec lequel le livre a été retiré de la sélection Goncourt.

    https://www.franceinfo.fr/culture/livres/affaire-thelyson-orelien/je-l-ai-beaucoup-aime-j-assume-de-le-proposer-malgre-la-polemique-des-libraires-continuent-de-defendre-le-roman-de-thelyson-orelien_8210897.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Et dans les réactions que je consulte, une réflexion qui donne à réfléchir :

    Qui se cache derrière « Balance ton Claude » ? Pourquoi ce compte fraîchement actif s’intéresse-t-il à ce livre précis ? Pourquoi cette attaque le jour du prix Fnac ? Qui lui a transmis le texte numérique complet ? Quels passages ont été sélectionnés, dans quel format et selon quel protocole ? Quel lien existe entre ce pseudonyme, « @Pangramed », et la société Pangram ? Pourquoi la presse interroge-t-elle Thélyson Orélien avant d’identifier son procureur ?

    En effet, je me suis fait la même réflexion : qui a fourni le texte numérique que l’on a ensuite soumis à Pangram ? Finalement, toute cette histoire permettrait d’écrire un bon roman !

    Dimanche 27 septembre

    Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le pape Léon XIV est actuellement en France. Ah bon ? Vous le saviez ? Je me demande bien comment ! Bon, j’arrête avec mes sous-entendus. Je suis laïc, et la venue du pape ne me choque pas, ni la ferveur des catholiques, encore que, il y aurait beaucoup à dire sur ces messes en plein air et sur les confessions et communions sur la voie publique. En revanche, ce que je ne supporte pas, c’est le matraquage sur les chaînes publiques. Zut à la fin ! Que ce soit un évènement exceptionnel, je veux bien, mais de là à diffuser à longueur de temps le pape dans sa papamobile, le pape qui bénit les enfants, qui fait la morale à la République laïque, à un moment donné, ça va bien. Donc, plutôt que de râler devant le poste de télé, on cherche des alternatives. On a regardé Quotidien que l’on suit occasionnellement, et pas uniquement quand sa Sainteté vient nous casser les burettes. Vendredi soir, il y avait Zazie. J’aime beaucoup la chanteuse et la personne. Ma maman était fan aussi. Une fois, j’étais arrivé chez elle et elle m’avait expliqué qu’elle avait écouté une émission où Zazie était interviewée, elle l’avait trouvée formidable, drôle, intelligente. « Tu savais qu’elle est d’une très ancienne famille de la noblesse ? » Ah non, je ne savais pas, elle en parlait peu à l’époque et avait choisi un pseudo, dans le civil, elle s’appelle Isabelle de Truchis de Varennes. Sur une pochette de disque, on comprend bien que le patronyme entier est un peu long à écrire. Zazie dit souvent qu’elle n’a absolument pas honte de faire de la pop, de la variété, et elle a tout à fait raison. Cependant, ses textes abordent souvent des thèmes de société. Elle écrit aussi pour d’autres et, en dehors de ses apparitions « promotionnelles » où elle fait preuve d’un humour qui fait mouche, elle est discrète. Elle a parlé avec pudeur du décès récent de son père, de sa mère, physiquement en forme mais dont la tête ne va plus vraiment bien, de ce rapport inversé lorsque les enfants deviennent à leur tour les parents de leurs parents. Pour terminer, Zazie est heureuse de « vieillir », contrairement à d’autres qui feraient tout pour qu’on oublie leur âge. Cela me rappelle une thématique que Doc Sylvie aborde souvent : « Mais c’est bien de vieillir, M. Macron ! ». Et je lui réponds « Je suis d’accord, tant que l’on vieillit bien ! ».

    Voici donc un intermède musical signé Zazie.

    Dans un tout autre registre, nous regardons la série les Tudors, avec une très belle bande-son qui permet d’adoucir les images… Ah, Henry VIII et son caractère imprévisible… Anne Boleyn a encore sa tête dans la saison 2, mais son destin funeste est connu. Pour le moment, on a déjà assisté à plusieurs exécutions ordonnées par le roi, conseillé par Thomas Cromwell. Ce pauvre Thomas More (têtu comme un troupeau de mules) n’a pas voulu prêter serment et reconnaître l’autorité religieuse du roi, fâché avec le pape : on lui a coupé la tête. Dommage, j’aimais bien Thomas More. Mais Cromwell finira par perdre la tête aussi : je n’aime pas Cromwell ! Ceux qui parmi vous sont fans de la série Kaamelott reconnaîtront la très belle pavane de Thoinot Arbeau : « Belle qui tient ma vie ». Je suis certain que mon ami Valéry joue cette pavane sur son luth.

    1 – Belle qui tiens ma vie
    Captive dans tes yeux
    Qui m’as l’âme ravie
    D’un sourire gracieux
    Viens t’en me secourir )
    Ou me faudra mourir.   ) bis

    2 – Pourquoi fuis-tu mignarde
    Si je suis près de toi
    Quand tes yeux je regarde
    Je me perds dedans moi
    Car tes perfections        )
    Changent mes actions. ) bis

    3 – Tes beautés et ta grâce
    Et tes divins propos
    Ont échauffé la glace
    Qui me gelait les os
    Et ont rempli mon cœur    )
    D’une amoureuse ardeur. ) bis

    4 – Mon âme voulait être
    Libre de passions
    Mais amour s’est fait maître
    De mes affections
    Et a mis sous sa loi        )
    Et mon cœur et ma foi. ) bis

    5 – Approche donc ma belle
    Approche-toi mon bien
    Ne me sois plus rebelle
    Puisque mon cœur est tien
    Pour mon mal apaiser )
    Donne-moi un baiser. ) bis

    6 – Je meurs mon angelette
    Je meurs en te baisant
    Ta bouche tant doucette
    Va mon bien ravissant
    À ce coup mes esprits     )
    Sont tous d’amour épris. ) bis

    7 – Plutôt on verra l’onde
    Contre mont reculer
    Et plutôt l’œil du monde
    Cessera de brûler
    Que l’amour qui m’époint  )
    Décroisse d’un seul point. ) bis

    Henry VIII aurait composé Greensleeves pour lady Anne avant de l’épouser, le conditionnel est de mise, mais le roi a composé plusieurs chansons connues, alors pourquoi pas celle-ci ? On pense qu’il s’agit plutôt d’une chanson italienne arrivée plus tard en Angleterre. La chanson raconte les plaintes d’un amant dont l’amour est rejeté par une femme inconstante. Ce que François Ier a écrit à l’aide d’un diamant sur une vitre à Chambord « Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie » fait aussi allusion à ces déceptions amoureuses. C’était risqué de contrarier les rois, surtout Henry VIII.

    Et voici Valéry au luth. Je le vois bien en maître de musique à la cour du roi Henry.

    Lundi 28 septembre

    Il a plu une bonne partie de la journée, et c’est une très bonne nouvelle. Nous avons enfin eu une vraie journée d’automne comme je les aime. Je vois des oiseaux qui vont et qui viennent, mais je pense que les hirondelles sont parties, je leur souhaite un bon voyage car j’aime beaucoup ces oiseaux acrobates.

    Alors, que faire quand il pleut ? Je passe au crible un autre manuscrit en attente de sélection (ou de rejet), mais bon, ce ne sera pas inutile. Comme d’habitude, le diable se cache dans les détails, mais je suis un peu maniaque. Parfois, on rêvasse quand on écrit : Inverness était devenu Aberdeen avant de redevenir Inverness (sans doute un effet du whisky écossais, et pourtant je n’en bois plus). Ce serait sans doute passé inaperçu, mais on a des lecteurs qui sont l’équivalent de Sherlock Holmes et qui ne laissent rien passer ; ils lisent avec une loupe, traquent l’espace en trop, la majuscule oubliée ou l’incohérence temporelle. Sur 380 pages, cela peut arriver. Maintenant, les maisons d’édition font de moins en moins appel aux correcteurs (le plus souvent des correctrices) professionnels, et même un très bon correcteur intégré peut vous proposer une ânerie, il faut réfléchir avant de valider la solution proposée, voir si le COD placé avant le participe passé a été bien identifié, ou si l’adjectif est accordé avec le substantif qu’il qualifie. Ah c’est comme les emmanchures de la pub, ce n’est pas facile ! Alors pourquoi le fait-on ? J’en vois qui pensent très fort « parce que cela rapporte de l’argent ». Non, pas vraiment, pas à mon niveau. Je gagnerais plus en allant vendre des légumes sur le marché (c’est un exemple).

    Bon, alors, pourquoi le faire ? Parce que ça me plaît, et que cela m’amuse encore. En bon Bélier, si je me lasse un jour, je refermerai cette porte aussi rapidement que je l’ai ouverte.

    J’ai aussi fait ma leçon de Grec, j’étais coincé avec ce qui s’apparente au cas possessif anglais, mais j’ai insisté, et voilà, on va pouvoir passer à autre chose. Bon, il me faudrait un manuel ou des cours un peu structuré car mon esprit cartésien ne se contente pas de deviner ou de remettre des mots dans l’ordre. Je vais donc prospecter… mais je finirai d’abord la correction de mon manuscrit. Je devrais préciser « pinaillage », parce que c’en est, ou « fignolage » si vous préférez. Bon, je vois bien que vous vous en fichez un peu !

    Ah, une bonne nouvelle : le pape rentre à Rome ! Ouf, il est sain et sauf, il a bien mangé, il a béni des milliers de personnes, il a engueulé les dernières lois républicaines. On s’en fiche un peu ; celles et ceux qui sont contre la fin de vie assistée n’auront qu’à souffrir le martyre si la maladie est impossible à soulager avec de la morphine, par exemple. On ne dirait pas, mais même une colique néphrétique reste extrêmement douloureuse avec des antalgiques puissants. La loi est faite pour que les malades en fin de vie qui n’en peuvent plus puissent partir paisiblement. Si cela heurte la conviction de certains, personne ne les oblige… Ils deviendront des martyrs, feront aussi souffrir leur entourage et iront au paradis (ou pas).

    Ah, une anecdote inquiétante qui concerne notre bourg si paisible : une dame a constaté que quelqu’un a volé les fleurs qu’elle avait déposées, pour son beau-père décédé, au colombarium du cimetière. Je trouve cela complètement affligeant, dérangeant et inquiétant. Soit c’est de la bêtise pure, soit c’est de la méchanceté gratuite, soit c’est un mélange des deux. Mais c’est révélateur d’une forme de déliquescence de la société. On commence par des « petites bêtises » (notre plaque de rue avait disparu, enlevée par quelques jeunes alcoolisés que Michel avait aperçus et entendus en pleine nuit), on continue au cimetière, ou en volant du matériel de jardinage, mais là cela ne concerne pas vraiment les « jeunes »… et puis quoi, après ? Dans mon jeune temps, les gendarmes auraient patiemment enquêté, mais ils ont tellement de dossiers plus importants à gérer… et puis nous sommes « à l’écart », ou « dans les écarts », alors on les voit très rarement, ou à contretemps. C’est un peu comme le menuet quand on a trois temps de retard, on est ridicule. Non, je ne sais pas danser le menuet, mais je peux improviser si vous insistez ! Ah, ok, vous n’insistez pas. Je vois.

    28 septembre 2026

  • La vie après la greffe, 24 septembre 2026

    Week-end des 19 et 20 septembre

    Non, c’est vrai : je n’ai rien écrit hier. Il y a des jours comme ça où je n’ai rien de spécial à raconter, et cela ne sert à rien de vous dire que je n’ai rien à dire. Ce n’est pas le cas de tout le monde. J’ai deux exemples en tête avec, en premier, un « ami » proche de J.J Goldman qui explique que le chanteur n’a pas voulu se produire sur scène avec Céline Dion parce qu’il a de l’arthrite aux mains et qu’il ne peut plus jouer de guitare. De plus, il ne travaillerait plus sa voix… Bref, c’est la retraite. Le deuxième « bon copain » est une relation de Catherine Ringer. Elle explique en long et en large que la chanteuse a su qu’elle avait un cancer incurable en janvier. Les médecins lui ont dit « Ben, ma pauvre madame Ringer, vous avez des métastases partout et vous allez mourir ». Et la chanteuse de répliquer : « Ah ben tant mieux, tiens, je vais retrouver mon Fred. » C’est dommage que Catherine soit dans son cercueil, sinon elle aurait flanqué une bonne paire de baffes à son ami. Car, enfin, qui sont ces « amis » qui viennent comme ça déblatérer dans la presse. Si Goldman a envie que l’on connaisse son état de santé, il donnera les infos lui-même, et si les enfants de Catherine Ringer ne donnent pas de détails sur la maladie de leur mère, c’est certainement par respect envers elle, et pour ne pas troubler leur deuil.

    Si j’évoque cela, c’est parce que le rapport à la maladie ou au handicap concerne d’abord celle ou celui qui la vit au quotidien. Le malade peut choisir de parler de sa pathologie, comme je le fais ici : c’est mon choix et personne ne m’y oblige. D’autres ont un rapport différent avec leur pathologie, et une forme de pudeur ou de réserve qu’il convient de respecter, surtout quand on est « connu » et que l’on peut être sollicité à tort et à travers par des journalistes peu scrupuleux. C’est ce qui m’a fait ruminer une partie de la journée d’hier.

    Après cette fulmination intérieure, j’ai repris la correction de mon manuscrit. On en est à la version 5, V5, et j’ai encore retrouvé un « x » disparu. C’est une malédiction, je me demande pourquoi on s’acharne sur mes « x » de cette façon. Après, je suis un peu tatillon et j’ai même repéré une espace en trop (en typographie, espace est féminin). Il y avait aussi un « X » majuscule en fin de mot… Toujours cette malédiction, j’ai imaginé la maquettiste en train de se dire « Ah, tu le veux, ton “X”, le voilà ! » (Et paf, elle a enfoncé la touche « Maj »).

    Je me suis changé les idées, parce que je vous assure que ce travail de correction finit par me lasser, avec mes leçons de grec. Je vous ai dit que j’étais content d’apprendre d’autres couleurs, et que j’allais pouvoir dire enfin que les éléphants sont gris, et pas roses. Je me trompais ; on m’a demandé de traduire une phrase écrite en grec :

    Ο κίτρινος ελέφαντας με το μπλε καπέλο είναι δικός μου.
    O kítrinos eléfantas me to ble kapélo eínai dikós mou. (C’est la transcription phonétique)

    Ce qui donne, une fois traduit :

    L’éléphant jaune avec un chapeau bleu est à moi.

    Bon, alors, si apprendre les couleurs consiste à peindre un éléphant en jaune (le mien, en plus) pour l’affubler ensuite d’un chapeau bleu, je ne sais pas si ce que j’apprends me sera très utile dans une conversation. Éventuellement, après une soirée « ouzo + raki », je pourrais terminer la soirée en prononçant cette phrase… Mais l’ouzo et le raki, ce sera vraiment avec beaucoup de modération si je veux ménager mon foie ! Comme me le disait la secrétaire du DASEN en Mayenne, un jour où un gigantesque bug informatique m’avait empêché de télécharger les résultats du Brevet : « Gardez vos nerfs, M. le Principal, gardez vos nerfs ! »

    Dimanche 20 septembre

    En regardant l’éléphant jaune au chapeau bleu, je me demande ce que cela donnerait si je peignais Albert, le lézard vert, en rouge, en l’affublant d’un chapeau blanc. Le pauvre… Il faudrait déjà que je l’attrape, car il est malin et sait se cacher et se dérober à notre vue. Je rassure son fan-club : Albert est toujours chez nous, mais il a quitté « son » jardin-terrasse pour la cour en contrebas. C’est un explorateur prudent qui a élu domicile dans un tas de branchages qui jonchent le sol. C’est bien la preuve qu’en laissant du bazar partout, on favorise la biodiversité. Je n’ose pas imaginer la réaction de Michel si une couleuvre venait à se planquer chez nous.

    Albert doit faire le ménage chez quelques insectes qui prolifèrent, tout comme les grives ont fait le ménage chez les escargots. Je n’ai pas pleuré lorsque j’ai découvert la coquille fracassée d’un gros pépère qui a massacré mes plants de basilic en pots sur la terrasse. Il devait être bien parfumé ! En ce qui concerne Gaston, le hérisson, soit il est bien planqué lui aussi, soit il est allé voir ailleurs en traversant imprudemment la rue. Albert, lui, sait que je l’ai nommé dragon en chef et qu’il est chargé de veiller sur la maison, en échange de quoi il est nourri (mais pas blanchi, il préfère rester vert). Quand même, avec un chapeau ou une casquette, il aurait fière allure.

    Je passe à tout autre chose, comme d’habitude. J’ai vu cette très émouvante vidéo de François Morel qui rend hommage, à sa façon, à Catherine Ringer. Je pense que Catherine aurait aimé :

    Lundi 21 septembre

    Autant vous prévenir, ce qui m’arrive n’est pas très glamour ! Est-ce dû à un aliment « contaminé » (mais, franchement, on a du mal à voir lequel) ou à l’eau du robinet ? En tout cas, j’ai depuis hier soir, ce qui s’apparente à une belle gastro. Pas de vomito, car j’ai pris ce qu’il fallait, mais cela n’a pas réglé tous les problèmes. Non, je ne vais pas demander à l’IA de nous faire un dessin, je vais vous épargner cela. Toujours est-il que je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit. J’ai réussi à avaler un peu de riz ce midi, j’ai pris les médicaments adéquats (hier soir, cette nuit, ce matin), et basta. Cela a l’air de se calmer. C’est donc un retour à l’eau en bouteilles (je sais, Valéry, ce n’est vraiment pas bon pour la planète !). L’eau est tellement chlorée en ce moment qu’on imagine bien que la qualité n’est pas fameuse. Vu la « transparence » de la compagnie qui gère la flotte ici, on ne saura pas si cela vient de l’eau ou si c’est une saleté contractée samedi au supermarché. Les gens tripotent tout, n’importe comment. À Lanzarote, le pt’tit gars des fruits et légumes nous servait, avec des gants. Et en plus il était vraiment très gentil, les supermarchés sont d’une propreté irréprochable. En France, on ne sait pas faire ce genre de choses, et on n’a pas de p’tits gars gentils. Les bouchers du Leclerc sont sympas, c’est vrai, mais aux fruits et légumes, c’est l’anarchie. Bon, je ne râle pas, sinon je vais me retourner les intestins !

    La bonne nouvelle date de ce matin : la version V6 de mon roman est enfin la bonne : les x sont revenus à leurs places respectives, les dernières scories ont été balayées, expurgées, et je suis libéréééééééééééééé, délivréééééééééééééé. Je sais que là, vous me maudissez : « Mais pourquoi tu nous as mis ça dans la tête ? » Par pure méchanceté, parce que je ne peux pas vous contaminer à distance. Tiens, une anecdote : quand je travaillais à la direction académique, j’étais allé travailler un jour où je me sentais plutôt mal fichu. J’arrive sur place, je me précipite aux toilettes, et je vomis tripes et boyaux. J’avertis la secrétaire par téléphone « Je dois rentrer, j’ai une gastro qui s’annonce carabinée ». Elle me dit de filer et de ne revenir qu’une fois remis sur pied. Quelques jours plus tard, je suis guéri, mais prudent, et je dis à un de mes collègues, à voix basse, que je vais choisir des plats légers. Nous faisons la queue pour le restaurant administratif, où on mangeait très bien. Le directeur académique est devant moi, et, alors que je me fais discret, déclame de sa voix de stentor, pour que tout le monde entende bien dans la cage d’escalier : « Alors, M. Macron, cette gastro ? J’imagine que ça sortait par-devant et par-derrière ! » J’avais adoré cette sortie académique. Je voyais les collègues des autres services (impôts, police, etc.) qui ricanaient. J’avais imaginé lécher la poignée de la porte du bureau du DASEN pour me venger, mais c’était trop tard, et j’aurais attrapé bien pire encore en faisant cela !

    Mardi 22 septembre

    C’est toujours l’été, avant l’arrivée de l’automne : c’est le 23 septembre cette année, et non le 22 comme je le croyais. Cela ne change rien au climat, sec et chaud, qui s’est incrusté depuis le mois de mai ; les nuits sont plus longues, et la fraîcheur matinale dure plus longtemps, c’est une bonne chose.

    J’ai d’ailleurs très bien dormi cette nuit, sans vomito ni autre dérangement intestinal. J’ai pu manger normalement (mais prudemment) ce midi. J’évite encore les laitages et les fromages. Hier, en fin d’après-midi, la fièvre commençait à monter, mais un doliprane en est venu à bout. Ce genre de désagrément peut prendre des proportions beaucoup plus ennuyeuses chez un immunodéprimé, avec des lymphocytes B immatures. Michel ajouterait « Il n’y a pas que les lymphocytes qui sont immatures ». Soit, je suis resté un grand adolescent dans ma tête, mais que pour certains aspects : je m’amuse d’un rien, je peux rester des heures à bouquiner (quand j’étais ado, je passais des journées entières à dévorer Zola, Hervé Bazin, et bien d’autres encore), je mets un peu de fantaisie dans la vie : je chante, je danse (si, si, je danse, ce ne sont pas des dandinements), je m’énerve après moi ou après un appareil ménager qui me prend la tête (fichues plaques à induction qui se rebellent dès que je les utilise). J’ai aussi la naïveté de penser que le monde peut changer positivement, mais j’ai aussi des détestations : je hais le racisme et les racistes, les nostalgiques des régimes fascistes, les abrutis qui brûlent les voitures dans les quartiers, alors que ce sont le plus souvent les bagnoles de leurs proches qui se lèvent tôt le matin pour aller bosser pendant que des petits cons dealent en squattant les entrées d’immeubles. Et, pire que tout, je déteste les « officiels » qui m’ont dit un jour « Mais, monsieur le Principal, si nous arrêtons le trafic de drogue, nous allons mettre le feu au quartier. Il faut bien que l’argent circule ! »

    Après ça, tu hésites à t’asseoir derrière ton bureau de principal, tu te dis que tu ferais mieux de choisir un lampadaire place de l’Europe pour vendre ta came (au choix : des sachets de tisane, ou des bonbecs Haribo).

    Voilà, c’est mon état d’esprit du jour. Nous allons aller à Chalonnes récupérer ma prothèse auditive gauche. Vous vous rappelez ? Truc de vieux !

    Mercredi 23 septembre

    Cette fois, c’est bien l’automne ! Il paraît que c’est devenu la saison de l’introspection, des moments à soi, de la lecture, des plaisirs simples, comme confectionner des petits plats mijotés, des gratins, du cocooning avec un plaid sur les genoux. Alors, pour ma part, j’ai toujours préféré l’automne à l’été. J’aime aussi l’hiver quand il ressemble vraiment à un hiver. J’ai longtemps craint le printemps en raison d’une allergie au pollen qui m’a vraiment gâché mon adolescence, mais, désormais, je peux croiser un chèvrefeuille en fleurs sans risquer ma vie. Comme me le disait Doc Sylvie « Ah, vous avez changé de système immunitaire, donc vous voilà débarrassé de cette allergie ». Mais il est vrai aussi que l’allergie avait diminué avec le temps.

    Sinon, depuis hier, j’ai un cerveau neuf… enfin, ce n’est pas « mon » cerveau qui est neuf, mais celui de ma prothèse auditive gauche. L’audioprothésiste a téléchargé le dernier réglage sur l’ordinateur et hop, j’entends de nouveau des deux oreilles. Je me suis demandé à un moment si c’était l’appareil ou mon audition. Il faut savoir que les chimios, du moins certains produits utilisés, attaquent les nerfs auditifs, et cela s’ajoute à la presbyacousie due à l’âge (mais je ne suis pas vieux !). Nous avons suivi sur la nationale qui mène à Chalonnes, une voiture qui roulait le plus souvent à gauche, un peu comme si le fossé allait manger le véhicule. J’ai vu que « le » conducteur faisait des gestes en conduisant, en parlant à la passagère. À chaque bras levé, on avait une embardée à gauche ; j’ai décidé de jouer à Hercule Poirot ou à Sherlock Holmes : « Ce doit être une femme qui conduit, les mecs ne font pas autant de gestes en parlant (ils ne font que des doigts d’honneur) … et, étant donné la conduite bizarre, avec ces embardées, je parierais bien sur une grand-mère. Elle est droitière, car seul le bras droit lâche le volant. » Michel était d’accord avec mon analyse, mais il a fallu attendre les premiers virages dans la descente pour en avoir confirmation : c’était bien une mamie au volant, toute permanentée, genre choucroute incoiffable, avec des lunettes de mamie. La passagère aussi était une mamie. L’arthrose, dont nous souffrons toutes et tous en vieillissant, n’attaque jamais la langue, ni le bras droit. J’ai ajouté : « Je te parie qu’elles vont aller à droite au rond-point, en direction du Super U, et qu’ensuite elles vont faire leurs courses en mettant leur caddie en plein milieu du passage, tout en continuant à discuter ! » J’avoue que je n’ai pas pu vérifier cette hypothèse, car nous nous sommes garés sur la place de la mairie, cependant, le véhicule a bien tourné à droite.

    Comme d’habitude, je vais chercher un poème qui évoque l’arrivée de l’automne, et même deux, avec le même titre :

    Automne

    Guillaume Apollinaire

    Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
    Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
    Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

    Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
    Une chanson d’amour et d’infidélité
    Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

    Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
    Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

    Automne

    Emile Verhaeren

    Matins frileux
    Le temps se vêt de brume ;
    Le vent retrousse au cou des pigeons bleus
    Les plumes.
    La poule appelle
    Le pépiant fretin de ses poussins
    Sous l’aile.
    Panache au clair et glaive nu
    Les lansquenets des girouettes
    Pirouettent.
    L’air est rugueux et cru ;
    Un chat près du foyer se pelotonne ;
    Et tout à coup, du coin du bois résonne,
    Monotone et discord,
    L’appel tintamarrant des cors
    D’automne.

    Emile Verhaeren, 1895

    Jeudi 24 septembre

    J’avais lu, hier après-midi, un article qui donnait l’heure du passage de la station spatiale : 20 h 33. Nous sommes sortis sans trop d’espoir, car il faisait encore jour, avec un lever de lune déjà éblouissant. Je regardais vers le sud, et Michel vers le nord, et il avait raison : « Viens voir, elle est là ! » Impossible de se tromper, on la voit glisser sur la voûte céleste d’ouest en est, point lumineux très brillant qui file à vive allure vers l’est. Ce n’est pas la première fois que nous la voyions, mais c’est toujours avec une émotion particulière : des hommes et des femmes vivent dans cette station spatiale et, régulièrement, survolent notre région. On aurait pu croire hier soir qu’ils passaient juste au-dessus de notre maison. J’ai agité les bras pour faire coucou à Sophie Adenot, pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration et de sympathie, j’en ai parlé ici. Ces passages, lorsqu’on les voit, ont quelque chose d’émouvant, un peu comme si, pendant quelques instants, nous étions en connexion avec les astronautes. Je sais, c’est mon côté rêveur incorrigible, mais je tenais à partager ce moment avec vous.

    Nous avons ensuite regardé notre série du moment : « Monstres : Lizzie Borden ». Je ne vous mettrai pas d’extrait, mais, en revanche, je pense que vous allez apprécier quelques extraits de la bande son :

    (J’adore cet instrumental !)

    21 septembre 2026

  • La vie après la greffe, 16 septembre 2026

    Vendredi 11 septembre

    Dès que l’on voit ou que l’on écrit « 11 septembre », on a tous en tête ces terribles images du 11 septembre 2001. 25 ans déjà ! Mais c’est fou, j’ai l’impression que c’était beaucoup plus récent, les souvenirs sont tellement vifs. Le monde s’était arrêté ce jour-là. Il y avait eu la stupeur, puis l’incrédulité, la colère, le chagrin, l’épouvante lorsque l’on a compris que l’on voyait des gens qui sautaient dans le vide. Je crois que j’avais l’impression de voir un très mauvais film catastrophe. Cela fait partie des événements qui ont marqué les esprits. On a eu le Bataclan, et l’attentat contre Charlie Hebdo. La stupeur de savoir que Charb, Wolinski, Cabu, Honoré, Tignous ont péri. Ils ne sont pas les seuls : Elsa Cayat, Bernard Maris et Mustapha Ourrad sont aussi exécutés. Le policier Franck Brisolaro qui assurait la protection de Charb et Michel Renaud, invité à la conférence de rédaction, subissent le même sort, et ce n’était que le début de cette folie meurtrière. 9 mois plus tôt, on avait eu les attentats du Bataclan, on commençait à s’en remettre. Et on avait tous en tête ces images du 11 septembre 2001. Enchaînement effroyable de vies fauchées, d’innocents pris en otage et massacrés. Au nom de quoi ? Au nom de qui ?

    Bref, le 11 septembre est définitivement, pour beaucoup, une journée de deuil, ainsi que les autres journées sanglantes qui ont suivi. On avait l’impression, ce 11 septembre 2001 que la terre s’était arrêtée de tourner, que le monde entier retenait son souffle, que rien ne serait jamais plus comme avant. On aurait dû se rappeler les paroles de la chanson des Poppys : « Non, non, rien n’a changé, tout, tout a continué ». Je tire mon chapeau à celles et ceux qui, dans la plus grande discrétion, voire l’invisibilté totale, travaillent sans relâche pour prévenir les attentats, en traquant les individus les plus dangereux. On sait qu’il y a des trous dans la raquette, et qu’il y aura encore des attentats, des massacres, malgré leur travail de fourmi et les repérages sur le terrain ou en fouillant dans le Dark Net.

    Voilà, désolé de vous faire commencer la semaine de cette façon, on va revenir à des actualités moins sombres. Figurez-vous que j’arrive presque au bout des mystérieuses disparitions du « x » dans les différentes versions de mon manuscrit avant le BAT (bon à tirer). Bon, dans la V3 (version 3), il ne reste que 6 erreurs, dont 3 « disparitions du x ». J’ai relevé « auquelles », « à proimité », « comme au bon vieu temps ». Je ris en écrivant cela, car le correcteur souligne en rouge les mots concernés par le kidnapping du x.

    Le roman en cours de « fabrication » s’intitule Tempête solaire en Anjou ». On est au tout début du processus : après le BAT, il y aura en fin d’année le travail sur la couverture, j’aurai des échanges avec Guillaume, le graphiste. J’ai déjà travaillé avec lui et en général il me fournit trois propositions, je dois choisir celle qui me convient le mieux. C’est parfois compliqué de trancher, Michel m’aide dans les choix, avec des arguments qui sont toujours pertinents. J’ai eu une idée (vous me connaissez, j’en ai un certain nombre par jour !) et je vais rédiger un « teaser » mensuel jusqu’à la parution, sans dévoiler tout le contenu du livre, mais en apportant plusieurs clés qui donneront aux lecteurs l’envie d’ouvrir les portes, et donc de lire le livre. Quand on écrit, c’est pour être lu, quand même ! Voici donc le premier « teaser » (oui, c’est un mot anglais, et alors ?)

    ☀️ TEMPÊTE SOLAIRE EN ANJOU

    Et si, demain, tout s’arrêtait ?

    Plus d’électricité. Plus de téléphone. Plus d’internet.

    Des véhicules immobilisés, des communications interrompues et une société brutalement privée de technologies devenues si familières qu’on les croyait presque indestructibles.

    C’est le point de départ de Tempête solaire en Anjou, mon prochain roman, à paraître en mars aux éditions La Geste.

    Une puissante tempête solaire frappe la Terre. En quelques heures, notre monde si bien organisé découvre sa vulnérabilité.

    Mais ce roman n’est pas seulement le récit d’une catastrophe.

    En Anjou, au bord de la Loire, des femmes et des hommes vont devoir réapprendre à vivre autrement, s’organiser, s’entraider… et parfois se supporter.

    Pendant ce temps, ailleurs, ceux qui sont censés gouverner et protéger découvrent eux aussi les limites d’un monde devenu extraordinairement dépendant de la technologie.

    Il y aura de l’inquiétude, bien sûr. Des situations dramatiques. Mais aussi de l’humour, de la tendresse, quelques personnages passablement agaçants 😇 et d’autres auxquels je me suis peut-être un peu trop attaché.

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    🔎 UNE CLÉ DE LECTURE

    Au fond, Tempête solaire en Anjou pose une question assez simple :

    Si les réseaux qui nous relient disparaissaient, quels autres liens serions-nous capables de reconstruire ?

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    📖 D’ici à la parution, je vous ouvrirai chaque mois une petite fenêtre sur le roman : sa part de réalité scientifique, ses lieux, ses personnages, les thèmes qui le traversent et, bientôt, sa couverture.

    Sans trop en dévoiler, naturellement.

    ☀️ Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle clé de lecture.

    Week-end des 12 et 13 septembre

    Samedi 12 septembre

    Vous allez vous dire : « Tiens, il ne parle plus de lymphocytes ni de calculs, ni de trucs bizarres ». Bon, c’est vrai qu’il y a comme une pause dans les aléas de santé (à part que je tousse comme un taxi de la Marne). Les articles s’intitulent « La vie après la greffe » et, de temps en temps, on essaie d’oublier le CHU, les scanners, les prises de sang, les échographies et même Doc Sylvie. Elle aussi, quand elle est en vacances, oublie ses patients, et elle a bien raison !

    J’espère que cette toux tenace finira par s’en aller comme elle est venue. Je n’ai pas de fièvre, donc je ne préviens pas le CHU, qui me renverrait vers le généraliste (j’en sors ou presque) et il me faudrait encore me justifier auprès de la « dragonne » de l’accueil, même si j’ai vu deux fois de suite la « gentille ». Bon, si ça devait empirer, ce serait à nouveau à considérer avec plus de circonspection.

    Pour le moment, je lis, j’apprends le Grec (j’ai enfin appris d’autres couleurs que le « rose » qui commençait à me taper sur le système ! Le poisson était rose, le pain, rose, les chemises, roses, et même les éléphants !), je corrige mes BAT et je traque les « x » perdus comme Indiana Jones quand il recherchait l’Arche d’Alliance ou le Saint Graal. Cela occupe bien mes journées et je ne m’ennuie pas. Demain, j’essaierai de faire quelques photos dans le jardin. Michel a bien réussi les semis d’automne : nous aurons de la mâche, des épinards et de la salade. Notre jardin aime l’automne et le printemps et déteste l’été, surtout quand le mercure indique 40° pendant plusieurs jours. Je suis comme le jardin, et comme les plantes, je m’épanouis en automne et au printemps !

    Dimanche 13 septembre

    Avant de télécharger quelques photos prises en fin de matinée dans le jardin, il faut que je vous raconte une anecdote amusante, enfin, amusante après coup. Nous avons une voiture japonaise, un modèle hybride dont nous sommes très satisfaits : le véhicule est fiable, consomme peu (c’est un avantage avec le prix de l’essence qui flambe). La conduite est facile, avec tout un tas de gadgets que je ne maîtrise pas entièrement, mais Michel les connaît tous. Il faut dire qu’avec mes différents traitements, et dernièrement avec la morphine, je ne me risque pas encore à faire de grands trajets, mais cela reviendra. Le nec plus ultra, ce sont les informations, GPS compris, auxquelles nous pouvons avoir accès. Mais, voici quelques jours, le « cloud » était en panne. Plus de cloud, plus de GPS : c’est ballot. Le cloud, si je me réfère à la définition que je trouve, est un système multimédia intelligent qui propose des cartes actualisées en temps réel. Quand nous allons au CHU, nous pouvons visualiser sur la carte les éventuels bouchons ou incidents de circulation. Bref, c’est intelligent, certes, sauf quand ça ne fonctionne plus. Il a dû y avoir comme un bug et le symbole du cloud (un nuage) était barré d’une croix rouge. Le genre de truc qui m’agace, puisqu’il est impossible de programmer le GPS ou de visualiser l’itinéraire. On n’en avait pas besoin, mais bon… On aurait pu en avoir besoin ! Hier, Michel prend la voiture pour aller au supermarché et le fameux cloud est toujours en panne. Je traite la voiture (qui parle, forcément, il faut qu’elle la ramène), de pauvre fille, et je rage contre cette célèbre marque japonaise, qui a justement ses portes ouvertes ce week-end. Bon, il n’est pas encore d’actualité de changer de véhicule, sinon ça vaut le coup de se déplacer. Nous faisons les courses, Michel redémarre et le tableau de bord s’actualise. Je m’adresse au cerveau de la voiture que je traite de « japoniaise » (oui, je sais, c’est moyen, mais c’est elle qui a commencé !) et là, ô miracle, le cloud est de nouveau accessible. Danse de la joie ! Enfin, presque, ce n’est pas facile quand la ceinture est bouclée. On a donc pu visualiser l’itinéraire, tout fonctionne à nouveau. Cela m’a rappelé le début de mon roman « Tempête solaire en Anjou ». Notre société est dépendante de tous ces gadgets électroniques, à un point que nous ne soupçonnons même pas !

    Il y a une chose qui fonctionne : il faut s’adresser directement à ces intelligences artificielles qui régissent notre vie, les secouer un peu, leur dire que, bon, là, ça commence à bien faire… et tout finit par rentrer dans l’ordre, ou presque, jusqu’à la prochaine panne mondiale. Si vous lisez mon roman, dans quelques mois, vous verrez à quoi notre monde pourra ressembler.

    J’ai dû dire adieu à ma montre connectée ce matin, je l’aimais bien pourtant, mais le cadran s’est détaché (ne me demandez pas comment, je n’en sais rien) alors que j’étais encore au lit, on a essayé de le remettre en place : c’est mort de chez mort. De profundis, et RIP. Les montres Mickey duraient plus longtemps.

    Je me suis consolé en allant prendre quelques photos avec mon téléphone portable que je supplie de fonctionner encore un certain temps.

    Lundi 14 septembre

    Je me demande parfois si je lis des articles du célèbre Gorafi, qui parodie joyeusement l’actualité, ou si ce sont de « vraies » infos. En l’occurrence, il s’agit malheureusement d’une interview de Marine Tondelier avec de « vraies » réponses de sa part alors qu’on lui demande son avis sur les différents présidents de la 5e République. C’est un florilège, on croirait qu’il s’agit de perles recueillies pendant la correction des épreuves du Brevet des collèges. Pour Pompidou, outre le fait que la photo est « en noir et blanc », et après un long silence, elle finit par dire qu’elle n’a pas « trop connu les choses » (un peu comme ces personnes qui disent « j’étais pas né » quand on leur demande en quelle année a eu lieu la Révolution Française). Elle n’est pas allée jusqu’à dire que le monsieur avait des sourcils épais. Fin lettré, Georges Pompidou, normalien, professeur agrégé de Lettres, avait écrit une anthologie de la poésie française qui est un ouvrage remarquable. En tant que président, il a créé le premier ministère de l’environnement et instauré le SMIC. On peut aussi retenir qu’il est décédé d’une de ces saloperies de cancers du sang (Waldenström) que l’on ne savait pas soigner à l’époque, on administrait au malade des doses massives de cortisone… sans grand succès.

    Pour Giscard, il lui rappelle Emmanuel Macron (sans doute le côté « jeune » un peu trop sûr de lui). Point final. Aucune mention de la légalisation du recours à l’avortement, et du combat de Simone Veil, ministre de la Santé.

    Mitterrand : elle retient l’abolition de la peine de mort, mais n’a aucun souvenir précis (la petite est née en 1986). Pas de mention des 35 h, de la retraite à 60 ans ou de la 5e semaine de congés payés.

    Et, cerise sur le gâteau, ou pomme sur le pommier, quand on l’interroge sur Chirac, ce qui l’a frappée, c’est « Mangez des pommes, donc on va dire mangez des pommes sans pesticides » (Ha, ha : là, c’est moi qui ajoute les rires enregistrés.) Elle aurait pu citer « La maison brûle et nous regardons ailleurs », ou d’autres citations beaucoup plus problématiques : « le bruit, les odeurs », mais elle a préféré citer cette phrase prononcée par la marionnette Chirac des Guignols de l’Info sur Canal +. À ce stade, je ne sais pas s’il faut rire ou se lamenter. J’avais déjà trouvé incongru que Cécile Duflot, lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, place le Japon dans l’hémisphère sud, en disant que les éventuelles retombées nucléaires nous épargneraient plus facilement (ouf, on commençait à trembler) !

    Voici un lien, parmi d’autres pour retrouver les différentes réponses de la dame à la veste verte :

    Sur LCI, Marine Tondelier en grande difficulté pour qualifier les anciens présidents

    Et un rappel de la bourde de la dame, qui est aussi titulaire d’un DEA de géographie.

    Le Japon dans l’hémisphère sud. La bourde de Duflot fait rire le Net

    Ne vous méprenez pas : les hommes politiques sont aussi friands de déclarations saugrenues et machistes à souhait, je saurai y revenir pendant la future campagne présidentielle (pestilentielle, disait Coluche).

    Mardi 15 septembre

    Eh bien, zut alors ! J’allais vous parler de mes lectures, et on vient d’apprendre le décès de la grande, de l’immense Catherine Ringer. Je suis anéanti : comment peut-on mourir d’un cancer foudroyant à 68 ans ? On ne la savait pas malade, elle dégageait toujours une sacrée énergie quand on la voyait à la télé. Seule ou en duo, depuis la mort de Fred Chichin et la fin des Rita Mitsuko. Bon, cela fera partie de mes grandes détresses quand je vois disparaître un ou une artiste de talent. J’avais eu beaucoup de peine lors du décès de Françoise Hardy, mais on s’y attendait, et « la grande » parlait beaucoup de son départ dans ses dernières chansons, elle avait eu le temps de préparer son entourage, surtout Dutronc (qui n’avait jamais voulu divorcer) et Thomas, qui entretenait avec sa mère une relation fusionnelle. Pour Catherine Ringer, je n’ai rien vu venir. Elle avait certes le visage marqué par les ans et par les aléas de la vie, comme beaucoup d’entre nous, mais ses yeux pétillants d’intelligence et de malice pouvaient laisser croire que tout allait bien. On avait tous chanté et dansé sur cet air si entraînant, alors que les paroles parlaient de cancer, le cancer de son amie Marcia Moreto, danseuse et chorégraphe argentine, emportée par la maladie. Loin d’être funèbre, la chanson célébrait avant tout la vie et était une célébration flamboyante de la mémoire de la danseuse. Catherine Ringer avait aussi dansé à la manière de Marcia, qui est restée éternelle grâce à cette chanson. La chanteuse y a-t-elle pensé avant le grand saut en avant ? J’imagine que le texte a été écrit avec des larmes, et qu’elle a voulu transcender ce moment, en faire quelque chose d’unique, de joyeux, un hymne à la vie. Voilà, c’est comme cela que l’on reconnaît les artistes. Adieu, Catherine Ringer, j’espère que tu retrouveras Fred, Marcia, et tous les autres qui t’ont précédée au paradis des artistes.

    Jeudi 16 septembre

    Hier après-midi, c’était « activités de vieux » : un tour chez l’opticien pour commander une nouvelle paire de lunettes : « Ah, votre vue s’est modifiée ! » Eh oui, chère madame, le temps n’arrange rien à l’affaire. Et puis j’ai un début de cataracte, et un suivi annuel chez l’ophtalmo qui veut vérifier que mes yeux ne sont pas attaqués par la GVH. Ensuite (vous allez rire), je suis allé chez l’audioprothésiste, car ma prothèse auditive gauche a comme une faiblesse. C’est même plus qu’une faiblesse, car, apparemment, il faut la changer. Son cerveau électronique aurait rendu l’âme.

    Ce matin, c’est Michel qui joue sa partition « Truc de vieux » : son genou droit ne répond plus, tout en étant très douloureux. Le ménisque, sans doute, à défaut de circuit électronique intégré… La dragonne de l’accueil de la maison médicale a consenti à lui donner un rendez-vous en urgence : le veinard ! Je vais le conduire tout à l’heure, à midi, mais je vais aller d’abord à pied à la pharmacie pour récupérer le médicament en commande (truc de vieux).

    Bien que je ne sois pas encore remis de la dernière insolence de Catherine Ringer, je vais vous parler, comme promis, de mes deux dernières lectures.

    La première, c’est « L’inconnue du quai de Javel », de Philippe Jaenada. L’auteur part d’un fait divers réel : une jeune femme est retrouvée assassinée sur le quai de Javel en 1949. Il s’agit de Louise Cansot, une jeune Bretonne, montée à Paris à 16 ans et devenue modèle pour les peintres de l’époque. La police n’a jamais réussi à élucider le crime, et Jaenada rouvre l’enquête. Alors, cela part dans tous les sens, et, de parenthèses en parenthèses, et guidé par son « maître », Jules Maigret, Philippe Jaenada nous entraîne dans ce Paris de l’après-guerre. On pourrait aussi sous-titrer le livre ainsi « à la recherche de la blanquette perdue », car c’est une des obsessions de l’écrivain. On ose de nos jours accompagner la blanquette de riz basmati, et comble du comble, on ne trouve plus non plus de pamplemousses jaunes.

    Le tout se lit lentement, à petites doses, sous peine de se perdre dans les parenthèses. C’est intéressant, parfois un peu long. J’ai souri, car je sais que j’ai aussi tendance à utiliser les parenthèses que je chasse parfois dans mes productions — je les remplace ainsi — et ce n’est qu’un subterfuge, j’en ai conscience, mais je ne pousse pas le vice jusqu’à mettre des parenthèses dans les parenthèses. La lecture est loin d’être rédhibitoire, il faut juste prendre le temps d’ouvrir le livre, de le refermer, de le rouvrir, de le déguster comme un bourguignon ou une blanquette à l’ancienne.

    J’arrive de la pharmacie. J’ai expliqué à Michel que j’étais le plus jeune de la bande… Une dame, d’un certain âge donc, écoutait la pharmacienne, qui lui donnait des précisions concernant la prise des médicaments. Je voyais la dame qui faisait « oui » de la tête, mais dont le regard démentait ce « oui » conciliant. Une autre dame, que j’avais saluée en chemin, me doutant qu’elle arrivait de la pharmacie, a fait demi-tour : « Il me manque une boîte… » La pharmacienne (celle de la dame qui disait « oui » pour faire plaisir) lui explique : « Mais je vous ai expliqué que je ne pouvais pas vous la donner », « Ah oui… excusez-moi ». Et la dame est repartie. La pharmacienne était contente de me servir. J’ai failli lui demander où était passé Benoît, mais je n’ai pas osé.

    Je me suis dit en chemin qu’une semaine qui avait commencé avec l’explosion d’une montre connectée allait forcément être bizarre tous les jours.

    Avant d’aller faire ma mayonnaise, je vais vous parler du dernier roman que j’ai lu (les deux livres sont des « pavés » de plus de 500 pages). Il s’agit de « Histoires de la nuit », de Laurent Mauvignier. Le récit se déroule dans un hameau du centre de la France, près du bourg de la Bassée, qui a un nom étrange « L’écart des trois filles seules ». Ici aussi, quand on habite dans les « écarts », on est en pleine campagne, loin du bourg. Christine, une artiste peintre, est à la gendarmerie pour une affaire de lettres anonymes qu’elle reçoit. Son voisin, Patrice, l’a conduite. Patrice, agriculteur au bon cœur, vit avec Marion et leur fille de dix ans, Ida. Ce jour-là, on fête les 40 ans de Marion, qui travaille dans une imprimerie. C’est alors que tout dérape : le chien de Christine, qui a demandé à sortir, ne répond plus, et trois hommes armés font irruption. Ce sont trois frères, l’aîné sort de prison, et on comprend qu’ils connaissent Marion, laquelle a visiblement occulté son passé. C’est effrayant, comme les contes que lit Marion à sa fille, en lui conseillant de ne jamais se laisser faire par les monstres. Mais Marion n’est pas la seule à taire des secrets. C’est un huis clos, et c’est réussi. Mauvignier n’est pas amateur de parenthèses, mais il s’affranchit allègrement des règles concernant les dialogues. J’imagine que le tiret cadratin le gave et je me demande pourquoi, de mon côté, je veux que les dialogues soient impeccablement disposés. Je ne suis qu’un vermisseau, sans doute. Des deux romans, c’est « Histoires de la nuit » que vous pouvez lire d’une traite, ou presque. Attention aux cauchemars ensuite. Je ne sais pas ce que donnera le film éponyme, je sais que la réalisatrice a joué au jeu des sept erreurs, volontairement, et que cela a beaucoup amusé Laurent Mauvignier. Marion devient Nora, mais ce n’est pas le détail le plus pertinent. Je ne saurais en parler davantage, je resterai sur la lecture du roman, toujours déçu par les adaptations cinématographiques ou télévisuelles des livres que j’aime. J’ai oublié de dire que Laurent Mauvignier aime les phrases longues, très longues. Le roman s’ouvre sur une phrase interminable, un incipit à la manière de Proust. On s’habitue, ou pas.

    Jeudi 17 septembre

    Pour commencer la journée et terminer l’article, voici une petite sélection musicale :

    Les Rita Mitsouko ou l’art du tragi-comique | Article Rock’n’roll & pop, Musique | Artips

    14 septembre 2026

  • La vie après la greffe, 10 septembre 2026

    Week-end des 5 et 6 septembre

    Revenons rapidement sur la journée du vendredi 4 septembre. J’ai consacré une partie de la matinée à réunir les pièces justificatives pour l’annulation du voyage. Michel m’a aidé en scannant plusieurs justificatifs médicaux et j’ai pu remplir une bonne partie de ce qu’il faut pour l’assurance. C’est d’ailleurs bien fait : on a un espace dédié et on peut ajouter les documents au fur et à mesure. Il ne reste que le certificat médical, qui doit être rempli sur un formulaire spécial. J’ai rempli mes renseignements et j’ai déposé le document dans une enveloppe à l’accueil de la maison médicale. Michel a dit « Embrasse le dragon », mais c’était la secrétaire gentille.

    Nous sommes ensuite allés faire les courses et l’après-midi a passé vite.

    J’avais reçu le matin une première partie des résultats, sans particularité notable. Le foie se stabilise, à un niveau presque correct (mais sans évolution notable depuis la dernière analyse). Les reins tiennent bon (ouf !) et les globules rouges et les plaquettes se portent bien. Les lymphocytes sont toujours surveillés, avec des analyses plus poussées : on s’intéresse au phénotypage, et les dragons-virus sont en régression (CMV) ou en phase stable (EBV).

    Voici une petite infographie qui explique ce qu’est un phénotypage :

    Et voici ce que donnent mes résultats :

    Ce matin, ce n’est pas cette information qui m’a préoccupé. J’ai reçu un message d’un ami du forum qui nous avait raconté pendant plusieurs mois le parcours de sa compagne. Elle aussi avait bénéficié d’une greffe de moelle osseuse. Nous étions à leurs côtés. C’était un couple amoureux, terriblement attachant, et on espérait tous qu’ils allaient voir le bout du tunnel, mais, hélas, la vie est cruelle. Nous nous étions inquiétés de ne plus avoir de nouvelles du jour au lendemain… Coutumier de ce genre de pressentiments, je me doutais que les choses se passaient mal, tout en espérant autre chose, comme un changement de vie, une page que l’on tourne, mais sans vraiment y croire. Hélas, notre ami a perdu l’amour de sa vie et m’a confié dans un message privé la difficile mission qui consiste à prévenir les contacts du décès de sa chère et tendre. Il n’est pas encore assez fort psychologiquement pour revenir sur le forum, bien qu’il suive régulièrement les posts de celles et ceux qui l’avaient accompagné. Cela nous rappelle que rien n’est jamais acquis, que la vie peut être une vraie vacherie et que les accompagnants ne sont pas non plus épargnés. Je pense beaucoup à J-L et à L. et nous sommes nombreux à avoir été attristés par le décès, tellement injuste, de notre amie par procuration, car c’était J-L qui nous informait. Ce samedi 5 septembre est une journée bien triste.

    Dimanche 6 septembre

    Une délicieuse odeur de tarte aux mirabelles se répand dans la maison, le chef Michel, trois étoiles à mon guide Michelin personnel, nous prépare un délicieux dessert.

    Vous savez que septembre est surnommé « septembre rouge », car c’est le mois des cancers du sang. Dans beaucoup d’endroits, des événements sont organisés pour attirer l’attention du public sur ces pathologies méconnues (et complexes, il faut l’avouer). Entre leucémies, myélodysplasies, lymphomes et myélomes, il est difficile de s’y retrouver. Pour les leucémies, cela reste encore relativement simple. On distingue les leucémies chroniques et les leucémies aiguës. On dit souvent que les leucémies chroniques sont plus indolentes, avec une évolution lente. C’est vrai jusqu’à un certain point, tout dépend des caractéristiques génétiques. Parfois, il faut un traitement rapide, et parfois, on peut laisser passer plusieurs années en étant en simple surveillance. Pourquoi ne pas traiter systématiquement ? Parce que c’est inefficace, et parce que l’on peut induire des modifications génétiques avec une maladie plus résistante et difficile à contrôler. Tant que la vie du patient n’est pas modifiée, on le laisse vivre avec la maladie, mais on le surveille régulièrement. Pour les leucémies aiguës, il faut bien entendu agir le plus vite possible. Les lymphomes sont nombreux et les décrire ici prendrait plusieurs pages. Quant aux myélodysplasies, elles sont, selon leur degré de gravité, susceptibles d’évoluer en leucémies myéloïdes aiguës, le genre de maladie qui galope plus vite que les traitements une fois qu’elle est déclarée. J’étais dans ce dernier cas, avec un caryotype complexe et un diagnostic très péjoratif. C’était la greffe de moelle osseuse, ou la leucémie implacable compte tenu de mon profil « tordu ».

    Les cancers du sang I Mon-Cancer

    Les cancers du sang | France Culture

    On trouve assez peu d’articles en ligne en ce qui concerne cet événement, noyé dans les « marronniers » de la rentrée et une actualité « brûlante » : les canicules, les infos politiques, le prix du carburant et mille autres sujets qui laissent de côté ces campagnes de sensibilisation.

    Il est crucial de sensibiliser les jeunes au don de moelle osseuse et de souligner l’importance du don de sang, qui peut être utilisé dans de nombreuses situations, y compris après une greffe de moelle osseuse, où le receveur a besoin de globules rouges et de plaquettes.

    Lundi 7 septembre

    Je suis en plein travail. Je parle de mon second métier qui consiste à écrire des livres. Ah, non, ne croyez pas que je pourrais vivre du revenu de mes ventes, loin de là ! Et pourtant, chez l’un de mes éditeurs, mes ouvrages se vendent. Certes, pas par centaines de milliers (je ne m’appelle pas Amélie, ou Jordan) mais mon premier ouvrage édité chez eux a dépassé le millier d’exemplaires vendus depuis sa parution. Bon, sur un livre, je ne touche que 8 % par vente. Le reste va à la M.E, qui a des charges et des salaires à payer, aux libraires, et l’auteur arrive en bout de chaîne. Je fais partie des quelques rares auteurs édités et les refus sont nombreux, même Amélie Nothomb a eu plusieurs manuscrits refusés : « Non, là, Amélie, on ne le publiera pas ». Elle explique que les manuscrits refusés dorment au fond d’un tiroir. Quant au « petit Jordan », je ne pense pas que ce soit la qualité littéraire du texte qui ait boosté ses ventes.

    En quoi consiste mon travail actuel ? Je suis en train de relire mon manuscrit : la maquettiste qui met en forme le livre avant impression m’envoie un PDF de ce dernier, et je dois traquer les coquilles. Pour corser le tout, ce sont des coquilles qui ne figurent pas dans le document que j’ai fourni. Par je ne sais quels mystères ou bugs du logiciel utilisé, un bon nombre de mots terminés par « x » ont perdu la lettre finale… Je pourrais écrire un livre qui s’appellerait « La disparition », mais Perec l’a fait avant moi. Traquer des fautes n’est déjà pas passionnant en soi, mais là, j’avoue que ça me laisse perplexe. Ce ne sont pas une ou deux occurrences, mais plus d’une dizaine. Alors, pour ne pas vous mentir, je me suis fait seconder par notre ami ChatGPT qui, lorsqu’il est de bonne humeur, parvient à détecter les erreurs plus vite que je ne pourrais le faire. Attention, je n’écris pas « avec » l’intelligence artificielle, je m’en sers lorsque j’ai besoin de détails techniques, lors de la phase de préparation du roman (repères historiques, vérification de faits scientifiques ou géographiques, notamment) et là, j’ai eu l’idée de le solliciter pour rechercher les « x » perdus et les autres erreurs ajoutées. Je ne m’attendais pas à cette hécatombe. Pourquoi cette lettre a-t-elle été effacée ? Bien malin qui pourra le dire. Sans doute pour tester ma vigilance. J’utilise un logiciel de correction performant qui me permet d’envoyer des documents « propres », relus et corrigés. Il peut rester des bourdes, car nul n’est infaillible, mais c’est vraiment à la marge. Bref, je ne suis pas payé cher pour le boulot que je fournis ! Quand on aime, on ne compte pas.

    J’annote le PDF en demandant les modifications nécessaires et, comme je suis gentil, je joins un tableau récapitulatif. Bon, tout cela va se caler, j’en suis au deuxième passage : le PDF renvoyé par la M.E aujourd’hui avait intégré un certain nombre de modifications, mais pas toutes. Il faudra donc une troisième vérification. J’ai eu souvent la surprise de lire des livres, récemment édités par de grandes maisons d’édition, dans lesquels j’ai retrouvé des erreurs, parfois grossières. Je pense que les correcteurs et correctrices ne sont plus d’actualité : cela fait des frais. On se dit que s’il reste des erreurs, ce n’est pas grave : du moment que le livre est vendu… Je n’ai pas la même philosophie, et je considère que le respect des règles orthographiques est une forme de savoir-vivre, et de respect tout court. On dépense 19 € pour lire un de mes livres, j’estime que le texte doit être exempt de toute coquille… je suis un peu vieux jeu, non ?

    Mardi 8 septembre

    C’est une vraie journée d’automne, grise, venteuse et humide, mais pas assez arrosée. Un petit crachin presque breton ne parvient pas à humidifier grand-chose depuis le début de l’après-midi.

    N’empêche, le jardin revit : les courgettes préfèrent ce temps-là, ainsi que les courges qui cavalent un peu partout. Ce midi, j’ai fait une fricassée de poivrons, nos poivrons qui parviennent désormais à atteindre une taille respectable. Ce ne sont pas les poivrons énormes des magasins, mais ce sont les nôtres et on sait comment on les a fait pousser, sans pesticides. Bon, ce ne sera décidément pas une année à tomates, les fleurs qu’elles produisent n’auront jamais le temps d’arriver à maturité. On parle de légumes du soleil, mais l’excès de chaleur bloque la croissance de ces plantes qui préfèrent un climat tempéré, doux, sans excès d’humidité et sans canicule. Je dois faire partie de leur famille. En ce qui concerne ma « croissance », c’est fichu : je me tasse petit à petit.

    J’ai reçu aujourd’hui la convocation pour une consultation en urologie. Je ne le savais pas, mais les coliques néphrétiques sont « gérées » par le service urologie, et pas en néphrologie, puisque le « caillou » bloque l’uretère ou l’urètre. Je n’ai pas eu de nouvelle crise depuis plusieurs jours et, honnêtement, cela ne me manque pas. J’ai plusieurs examens à faire, il faudra que j’y pense : échographie, analyse d’urine sur 24 h (la plaie, ce truc, tu dois rester chez toi) et une analyse de sang, je crois. Il faudra que je regarde ça de près et que je m’en occupe avant de revoir Doc Sylvie, qui ne manquera pas de me passer à la « question » pour savoir où j’en suis. Je retrouve des nuits « normales ». Je me suis levé à 6 h 30, ce qui est en général l’heure à laquelle j’émerge.

    J’ai pris rendez-vous pour une échographie (rein + vessie) : je me suis dit qu’il était peut-être temps de le faire, mon rendez-vous en urologie est fixé au 20 novembre. Je regarde le centre de radiologie que je connais déjà, à Beaucouzé, je prends le téléphone et j’appelle le numéro : premier message totalement inaudible, j’avais l’impression que Sophie Adenot essayait de tester son antenne depuis la station spatiale, ou qu’un alien avait réussi à parasiter la communication. Têtu (je suis Bélier, ascendant Bélier), je recommence. Ô miracle, le message est audible et me donne à toute vitesse la procédure à suivre : je dois prendre le rendez-vous sur une plateforme dont j’ai à peine compris l’adresse mail. On n’arrête pas un Bélier en si bon chemin. Il faut savoir que nous sommes le premier signe du zodiaque et que nous avons pour mission d’entraîner tout le monde dans la course folle de la vie. Si, par malchance, le Bélier se pète un tendon, ce sont tous les autres signes qui seront à l’arrêt. Donc on ne prend pas toujours le temps de réfléchir, on fonce. Enfin, je suis un Bélier conscient que je dois pouvoir retrouver cette fichue adresse internet et rien ne m’arrêtera dans ma mission. Je la retrouve (danse de la joie), je sélectionne le type d’examen, on me propose plusieurs dates, dans différents sites. Je choisis un créneau, à Beaucouzé, je valide et là, on me dit que je dois d’abord m’inscrire sur la plateforme. Bande de nazes, vous ne pouviez pas le dire plus tôt, genre dès que l’on commence à explorer le site ? J’imagine mamie Trochu, qui est toujours en train d’essayer de décrypter le message alien du répondeur téléphonique. Mais ils font comment, les vieux, quand ils doivent se faire examiner la prostate ou les ganglions ? Comment ça je suis vieux ? Oui, c’est vrai, Doc Sylvie me le rappelle régulièrement avec un grand sourire. N’empêche, c’est plus facile d’avoir un scanner ou une échographie au CHU, surtout quand c’est elle qui s’en charge ! On me signale que Mme Trochu vient d’avoir un malaise au téléphone… son pronostic vital est engagé. Elle n’est pas Bélier ascendant Bélier, le zodiaque s’en remettra !

    Moi aussi, j’suis un gars ben ordinaire, quand je chante, ça va un peu mieux. L’émission s’appelait Discorama, présentée par la sublime Denise Glaser, qui s’en souvient ?

    Mercredi 9 septembre

    J’ai oublié de vous préciser que j’ai quand même réussi à caler un rendez-vous pour cette échographie si compliquée à programmer : ce sera le 3 novembre, premier créneau disponible dans le secteur. Ah, si vous voulez des créneaux disponibles rapidement, il faut aller à Baugé. Comme dit Michel : « Que veux-tu qu’on aille faire à Baugé ? »… Eh bien, une échographie si c’est urgent. Bon, heureusement que j’ai anticipé.

    Vous me connaissez, quand j’ai un nom en tête, je recherche. C’était le cas hier pour Denise Glaser. J’avais le souvenir d’elle interviewant Barbara, et j’ai découvert cette très intéressante rubrique de l’INA (c’est une mine, ce site !). Mathieu Amalric part d’une photo, qu’il analyse en donnant son ressenti. La fin de la vidéo est particulièrement touchante. Denise Glaser est morte très jeune, complètement oubliée, alors que Discorama était une grande émission, et qu’elle était une présentatrice talentueuse, qui savait écouter, laisser des silences s’installer, poser les questions sans agressivité. Je pense qu’elle n’invitait que les artistes qu’elle aimait et c’était le cas avec Barbara. L’admiration était réciproque. Et à l’enterrement de Denise Glaser, il y avait trois personnes : Barbara, Catherine Lara et Pierre Bellemare.

    Barbara avec Denise Glaser – Barbara – du bout des lèvres

    Je ne peux pas vous mettre la vidéo autrement que par le lien ci-dessus, mais, franchement, prenez la peine de cliquer sur le lien et de regarder (c’est très court).

    Jeudi 10 septembre

    J’ai opté pour un réveil en douceur ce matin :

    7 septembre 2026

  • La vie après la greffe, 3 septembre 2026

    Vendredi 28 août

    C’est le dernier week-end des vacances… Un parfum de rentrée flotte dans l’air. J’ai une pensée pour les personnels de l’académie de Nantes, très impactés par les blocages informatiques actuels. Je pense que ça va grogner pendant les réunions de pré-rentrée lundi. Je crois que Sainte Rita s’occupe plus particulièrement des cas désespérés, essayez de lui adresser vos prières (on en trouve sur le net).

    L’autre nouvelle du jour (enfin, une parmi d’autres), c’est la mort du roi Harald de Norvège. Il souffrait d’une anémie hémolytique, c’est une pathologie que je connais aussi car elle faisait partie du « bouquet » pendant le syndrome d’Evans.

    Nous avons essayé de voir le début de l’éclipse de Lune cette nuit et, comme d’habitude, les nuages nous ont empêchés de voir quoi que ce soit. Michel s’est recouché et j’ai lu un peu sur l’ordinateur. Je vous parlerai plus tard de cette nouvelle lecture. Ce matin, il était temps que je prenne la gélule de Skenan, car la douleur commençait à se faire sentir. C’est un indice important et cela signifie que le problème n’est pas réglé. Certains aiment bien les BD (merci l’IA, je serais bien incapable de dessiner quoi que ce soit). Mon avatar a tendance à garder les yeux fermés, je demanderai que ce détail soit modifié. Sinon, du point de vue illustratif et informatif, l’outil est intéressant. Il faut bien réfléchir en amont à ce que l’on veut faire et donner des indications précises. Par exemple, j’avais envie de me voir en tenue estivale, j’ai donc précisé « short noir et T-shirt bleu ». Je n’avais pas demandé que Doc Sylvie soit présente, mais finalement, ce n’est pas gênant. Je serais quand même surpris dans la « vraie vie » si elle venait me retrouver dans le jardin ! Pour agrandir la BD, il suffit de cliquer sur l’image (un seul clic). Il reste une erreur d’orthographe, saurez-vous la retrouver ?

    Week-end des 29 et 30 août

    L’été touche à sa fin… et tant mieux ! Je ne sais pas si les trois mois de canicule resteront dans les mémoires. C’est probable, et on dira : « Ah oui, c’est l’année où tout s’est vraiment détraqué, avec les canicules à répétition et les incendies monstrueux ». En ce qui me concerne, j’ai toujours préféré l’automne. Les lumières de septembre sont bien plus intéressantes, on peut marcher sans risquer de se retrouver grillé et déshydraté au bout de quelques minutes. Même s’il peut faire encore chaud, la nuit arrive plus vite et le soleil fait, au fil des jours, la grasse matinée. Lundi, au moment où cet article sera mis en ligne, les établissements seront en pleine pré-rentrée. Les académies de Toulouse et de Nantes sont les deux dernières à galérer avec leur espace numérique, j’aurai une pensée émue pour tous les personnels, je sais que ça va grogner encore plus pendant les réunions prévues. Les équipes de direction auront fait ce qu’elles ont pu et devront mettre les bouchées doubles, lorsque tout sera rétabli, pour rattraper le temps perdu.

    Voici une petite sélection de poèmes célébrant ces premiers jours de septembre. D’habitude, je me contente de « Rentrée », de René-Guy Cadou, mais j’en ai relu d’autres aussi cette année.

    La rentrée – René-Guy Cadou

    Odeur des pluies de mon enfance
    Derniers soleils de la saison !
    A sept ans comme il faisait bon,
    Après d’ennuyeuses vacances,
    Se retrouver dans sa maison !

    La vieille classe de mon père,
    Pleine de guêpes écrasées,
    Sentait l’encre, le bois, la craie
    Et ces merveilleuses poussières
    Amassées par tout un été

    O temps charmant des brumes douces,
    Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
    Le vent souffle sous le préau,
    Mais je tiens entre paume et pouce
    Une rouge pomme à couteau. 

    Les écoliers – Maurice Fombeure

    Sur la route couleur de sable

    En capuchon noir et pointu,

    Le « moyen », le « bon », le « passable »

    Vont à galoches que veux-tu

    Vers leur école intarissable.

     

    Ils ont dans leur plumier des gommes

    Et des hannetons du matin,

    Dans leurs poches, du pain, des pommes,

    Des billes, ô précieux butin

    Gagné sur d’autres petits hommes.

     

    Ils ont la ruse et la paresse

    – Mais l’innocence et la fraîcheur –

    Près d’eux les filles ont des tresses

    Et des yeux bleus couleur de fleur

    Et des vraies fleurs pour la maîtresse.

     

    Mais, les voilà tous à s’asseoir

    Dans l’école crépie de lune,

    On les enferme jusqu’au soir

    Jusqu’à ce qu’il leur pousse plume

    Pour s’envoler. Après bonsoir !

    La litanie des écoliers – Maurice Carème

    Saint Anatole,

    Que légers soient les jours d’école !

    Saint Amalfait,

    Ah ! que nos devoirs soient bien faits !

    Sainte Cordule,

    N’oubliez ni point ni virgule.

    Saint Nicodème,

    Donnez-nous la clé des problèmes.

    Saint Tirelire,

    Que Grammaire nous fasse rire !

    Saint Siméon,

    Allongez les récréations.

    Saint Espongien,

    Effacez tous les mauvais points.

    Sainte Clémence,

    Que viennent vite les vacances !

    Sainte Marie,

    Faites qu’elles soient infinies !

    Avant de vous mettre une sélection de chansons, il faut que je vous raconte une anecdote amusante avec ChatGPT. J’ai d’autres BD en réserve, mais je ne vais pas tout mettre d’un coup. J’ai signalé à mon fidèle assistant (qui me connaît bien) que, d’une part, il avait laissé une erreur d’orthographe, et que, d’autre part, il changeait les avatars au gré de ses humeurs. On a donc retravaillé cet aspect pour qu’il tienne compte de mes préférences à l’avenir (il sait que je l’ai à l’œil.)

    Je lui explique que j’aimerais aussi que Michel ait son avatar, et il me propose ce choix, réalisé à partir d’une photo récente, qui lui permettra de réaliser les avatars des futures BD.

    Je lui dis que le résultat est excellent, et je m’étonne que le mien soit moins ressemblant, voici sa réponse : Quant au fait qu’il soit « presque mieux que le tien »… je préfère ne pas déclencher de rivalité entre avatars dans le prochain épisode ! 😄

    Je sens comme une remarque ironique de sa part et, tout en répondant que je ne connais pas la jalousie, je lui renvoie une photo qui lui permet d’affiner l’avatar. Il faut dire qu’il m’avait affublé de cheveux, de lunettes et que Doc Sylvie était devenue blonde, je lui ai fait remarquer que cela faisait beaucoup d’initiatives malheureuses (moi aussi, je peux être ironique, tout en restant courtois). Voici donc sa production, qui devrait permettre de créer des avatars stables. On est dans une forme de « dessin » hyperréaliste ».

    Bon, je suis un peu « amélioré » parce que la photo de référence date d’avant la greffe, mais après tout, j’ai aussi le droit de rajeunir !

    Il m’a aussi promis que Doc Sylvie n’aurait plus de fantaisies capillaires. Je lui ai donné quelques traits de caractère pour bien cerner son personnage : dynamique, sympathique, toujours de bonne humeur (sauf quand son ordinateur fait n’importe quoi), franche et avec beaucoup d’humour. Nous verrons ce qu’il fait ensuite de ces informations, et s’il s’agit de promesses non tenues, il entendra parler du pays !

    Je viens à l’instant de lui rappeler qu’il avait teint en blonde Doc Sylvie, voici sa réponse :

    Promis ! 😄 Doc Sylvie est définitivement brune. C’est désormais gravé dans le marbre — ou, plus prudemment, dans ma mémoire.

    Cheveux courts bruns, lunettes, son visage de référence et ses expressions que l’on pourra faire varier selon les situations. Toute tentative de blondissement intempestif sera considérée comme un incident graphique majeur. 😄

    Vous êtes témoins : si vous voyez une modification au cours des BD, faites-le moi savoir, pour que je puisse recadrer la « chose ».

    Allez, je le teste avec un point sur le Skenan et l’Actiskenan. Nous sommes à la pharmacie, et Benoît me prodigue ses conseils. Cela peut servir si, un jour, on vous prescrit de la morphine, ou si un de vos proches est concerné. Alors, aujourd’hui, c’est laborieux… Il faut rester patient avec la « chose » !

    C’est mon premier diaporama, vous avez des flèches à droite et à gauche des « planches » qui vous permettent de changer de diapo.

    Il m’avait dans un premier temps créé un avatar qui ressemblait vaguement à Super Mario. Puis il a réalisé un avatar « mixte » entre Michel et moi. De plus, il avait de son propre chef décidé que Benoît me tutoyait (on peut encore trouver dans une partie de la BD une trace de ce tutoiement). La dernière vignette nous montrait, Michel et moi en plein papotage à la pharmacie. J’ai indiqué que je souhaitais que la conversation ait lieu chez nous, par exemple dans le séjour. Il a interprété « séjour » en tant que séjour touristique, et nous étions tous à l’extérieur, avec en fond un superbe paysage qui rappelait la Crète. Je lui ai indiqué que là, je commençais à fatiguer sérieusement. J’ai donc tout repris point par point. Si on fait des phrases complexes, il est perdu, un peu comme moi lorsque je suis shooté par la morphine, mais il n’a pas cette excuse. Il a ensuite produit une « planche » qui était trop riche en informations si on ne scindait pas en quatre épisodes distincts. Il a aussi galéré pour enfin comprendre ce que je voulais dire. J’ai formulé ainsi : « la première planche me représente avec Benoît à la pharmacie ». Ô miracle, il a fini par comprendre et m’a proposé de présenter tout cela en diaporama. Là, c’est moi qui fatiguais un peu, mais nous sommes parvenus à le faire. En revanche, je n’ai pas pu agrandir les diapos, il fallait importer je ne sais quel module et j’ai dit : « Bon, on va laisser comme ça ». Je l’ai taquiné pour qu’il me rappelle les consignes concernant Doc Sylvie et il a bien réagi, avec « humour » en me redonnant ses caractéristiques. Tout cela est « intégré » et sera réutilisé. Tout comme le fait que j’ai horreur de lire les notices ou les modes d’emploi. Pour « mon » avatar, il m’a dit qu’il éviterait de me représenter comme un petit vieux ridé et les joues creusées. J’ai répondu que, selon le contexte, la fatigue peut facilement se lire sur mon visage. De même, les épisodes douloureux sont aussi visibles et marquent mes traits : Doc Sylvie sait « lire les visages », c’est la première chose qu’elle fait quand je suis assis devant elle dans la salle de consultation. Mais je rappellerai ces détails pour les futures réalisations. Il a aussi proposé que les textes soient écrits en plus gros caractères, surtout si on réalise des diaporamas. Cela prend du temps, il faut aussi de la patience (je n’en ai pas toujours) et, avec plus de pratique, je devrais parvenir à utiliser correctement cet outil, qui se prend parfois pour Hal (référence à « 2001 Odyssée de l’espace ») et qui trébuche pourtant quand on ne s’y attend pas. En tout cas, cela occupe bien les journées pluvieuses.

    Dimanche 30 août

    La nuit a été un peu agitée, avec un début de crise douloureuse vers 1 h du matin. Je me suis relevé pour prendre une gélule d’Actiskenan. Vers 5 h du matin, je me suis à nouveau réveillé parce que j’étais en train de me plaindre : la douleur était de retour. J’ai décidé d’attendre un peu, sachant que j’allais prendre le Skenan vers 7h et j’ai réussi à me rendormir. Là, tout va bien, je suis un peu dans le brouillard et Michel aussi, car il a subi mon agitation nocturne. C’est un symptôme important que je devrai communiquer à Doc Sylvie. Cela signifie que le problème initial n’est pas réglé et que la morphine est efficace, jusqu’à un certain point. Si je n’avais pas pris la gélule cette nuit, j’aurais probablement dansé la gavotte.

    Voici, comme promis, une petite sélection de chansons de rentrée.

    Lundi 31 août

    La soirée d’hier a été mouvementée. Je me faisais un plaisir de regarder la nouvelle saison de Brokenwood, mais, à 22 h, je me tordais dans tous les sens avec une nouvelle crise douloureuse… très douloureuse. J’avais pourtant pris une gélule d’Actiskenan, parce que j’avais ressenti le point sensible dans la fosse lombaire un peu avant. Eh bien, l’effet magique n’a pas eu lieu et je me suis tordu dans tous les sens. Michel voulait appeler le Samu, mais je n’étais pas vraiment décidé : une arrivée aux urgences en pleine nuit, cela voulait aussi dire une longue attente sur un brancard, même si on m’a toujours dit que j’étais classé « prioritaire ». J’ai pris un doliprane, j’avais des nausées aussi et j’ai également pris un anti-émétique. La crise aigüe a bien duré 40 minutes, et elle est partie pratiquement aussi vite qu’elle est venue, après un bref passage en « douleur supportable ». Cela signifie, et c’est important pour l’identification du problème, que c’est une douleur qui « résiste » à la morphine, du moins en partie. Je n’ose pas imaginer ce que cela aurait pu donner sans le Skenan. J’ai pu voir la fin de Brokenwood, mais j’aurais aimé voir l’épisode dans de meilleures conditions. Soyons positifs : le fait qu’il y ait « résistance » à la morphine peut mettre les médecins sur une piste. J’ai réussi à avoir un rendez-vous en urgence à la maison médicale, à 16 h 45. L’idéal serait que mon généraliste et Doc Sylvie puissent se contacter par mail et échanger sur ce drôle de patient qui tire toujours la mauvaise carte. Je vais parler du centre anti-douleurs, je ne me vois pas passer toutes mes soirées de cette façon, ni prendre le risque de semer la panique à bord d’un avion ou à l’hôtel. Bref, je ne sais pas si nous irons en Crète cette année. Si c’est uniquement pour tester le rapatriement sanitaire en urgence, il est peut-être plus sage de différer le séjour. Cela ne m’empêche pas de continuer mon apprentissage du Grec !

    Parmi les hypothèses, un des dragons virus a peut-être profité de la situation pour attaquer un nerf ou un organe, ou je ne sais quoi. Pour mettre le bazar, il est toujours prêt. On refait un petit point sur ces deux virus (la pédagogie, c’est l’art de répéter !)

    Regardons de plus près ce que signifie le calcul en log :

    Pour comprendre comment ces deux dragons virus ont pu se réactiver, il faut tenir compte du contexte et des différentes pathologies, puisque j’ai enchaîné toute une série d’épisodes qui auraient pu plaire à Gregory House.

    Une histoire immunitaire en plusieurs étapes

    Avant le COVID : la LLC et la chimiothérapie

    Au moment où j’ai contracté le COVID, mon système immunitaire n’était déjà pas celui d’une personne en bonne santé. J’étais atteint d’une LLC et je suivais un traitement par FCR : fludarabine, Endoxan (cyclophosphamide) et rituximab.

    Ces traitements peuvent provoquer une immunodépression importante, notamment en diminuant certaines populations de lymphocytes T et B. Or ce sont précisément ces cellules qui participent au contrôle de plusieurs virus capables de rester silencieux dans l’organisme.

    Puis survient le COVID sévère

    Dans ce contexte déjà fragilisé, j’ai contracté un COVID particulièrement sévère, avec passage en réanimation, une longue hospitalisation et, par la suite, un pneumothorax.

    On sait désormais que les formes sévères de COVID peuvent elles-mêmes provoquer un profond bouleversement de la réponse immunitaire et s’accompagner de réactivations de virus latents, notamment des herpèsvirus comme l’EBV et le CMV.

    Dans mon cas, il est donc plausible que le COVID ait constitué un stress immunitaire supplémentaire venant s’ajouter à celui de la LLC et de la chimiothérapie.

    2023 : un zona particulièrement important

    L’apparition, en 2023, d’un zona très étendu et particulièrement douloureux constitue un autre élément de cette histoire.

    Le virus responsable du zona, le VZV (virus varicelle-zona), reste lui aussi latent dans l’organisme après la première infection. Sa réactivation est favorisée par une diminution de l’immunité cellulaire.

    Le zona ne permet évidemment pas, à lui seul, de déterminer ce qui s’est passé immunologiquement pendant mon COVID. Mais, replacé dans le contexte de la LLC et du traitement FCR, il témoigne d’une période où le contrôle des virus latents pouvait être particulièrement difficile.

    Plus tard : EBV et CMV

    Les années suivantes, ce sont l’EBV et le CMV qui sont devenus des virus particulièrement surveillés.

    Là encore, il serait abusif de dire que le COVID de l’époque a directement provoqué les réactivations observées beaucoup plus tard. De nombreux facteurs sont intervenus entre-temps, et mon histoire médicale a considérablement évolué.

    Mais l’ensemble dessine une hypothèse biologiquement cohérente :

    LLC
    ↓
    immunité déjà altérée
    ↓
    traitement FCR : forte perturbation de l’immunité T et B
    ↓
    COVID sévère : nouvelle agression immunitaire majeure
    ↓
    difficulté accrue à maintenir certains virus latents sous contrôle
    ↓
    réactivation possible du VZV, puis surveillance/réactivation de l’EBV et du CMV

    Il ne s’agit pas de démontrer que chaque étape est la cause de la suivante. C’est plutôt une manière de comprendre comment plusieurs facteurs immunologiques successifs ont pu se superposer.

    Et c’est précisément ce qui rend les recherches actuelles sur les réactivations virales après COVID particulièrement intéressantes dans mon cas : elles apportent un cadre biologique à une question que je n’aurais probablement pas pensé à me poser au moment où je sortais de réanimation.

    Une hypothèse, donc, plutôt qu’une conclusion. Mais une hypothèse qui mérite d’être étudiée.

    Mardi 1er septembre

    On vérifie les cartables : « Tu as bien tes cahiers ? Et ton agenda ? » La même scène se déroule un peu partout en ce moment. Le plus drôle, ce sont aussi les profs parents d’élèves, qui sont capables d’oublier leur cartable alors qu’ils viennent de tanner les gamins avec « T’as fait ci ? T’as pensé à ça ? »

    Ce soir, et les jours suivants, il y aura les premiers retours : « Le prof de maths et hyper sévère ! », « J’aime bien ma prof d’anglais. », « Eh bien, tu sais, on n’aura pas de prof de français pendant un moment ! » (En fait, cela durera une bonne partie de l’année, mais comme on est en septembre, on a encore un peu d’espoir et de naïveté).

    Bref, bonne rentrée !

    D’habitude, nous partons « en vacances » en septembre, c’est un peu une tradition. Mais le séjour en Crète vient de passer à la trappe ; j’ai pu avoir une consultation en urgence hier avec mon généraliste. J’ai parlé de mes symptômes, puis il m’a ausculté et, à partir de ce que j’ai décrit, son diagnostic est formel : « Ce sont des coliques néphrétiques. Il est fréquent que le scanner ne donne rien, surtout si le calcul est petit ». Contrairement à ce que l’on pense, les petits calculs sont souvent les plus douloureux.

    Comme je m’étonnais d’avoir des douleurs intenses malgré la cortisone, il m’a indiqué que c’était fréquent avec des coliques néphrétiques hyperalgiques. J’ai encore coché la mauvaise case. On a ensuite parlé du traitement : « Vous continuez le Skenan, n’hésitez pas à prendre l’Actiskenan entre deux, et prenez aussi du doliprane. Je vous prescris du Spasfon, même si les effets sont limités. De toute façon, avec la cortisone, je ne peux pas vous prescrire d’Ibuprofène ou d’autres AINS. »

    Il a rédigé également une ordonnance pour une prise de sang et un ECBU. Pour l’ECBU, il permettra surtout de vérifier s’il y a des hématies dans l’urine, puisqu’il ne s’agit pas d’une infection urinaire.

    Pour terminer, on a parlé du séjour en Crète : « Ce serait plus prudent de le reprogrammer ultérieurement. Si vous partez, vous serez toujours sur vos gardes, en train de vous demander si les douleurs vont nécessiter un rapatriement ou une hospitalisation. » Il a raison, on en avait parlé avec Michel et on était arrivé à la même conclusion.

    Pour les nausées, elles s’expliquent par l’intensité de la douleur, un peu comme lorsque vous vous fracturez un membre. Bref, il m’a confirmé que cela fait partie des pires douleurs, surtout qu’il s’agit d’une forme hyperalgique (j’aime bien ce mot).

    Cette nuit, j’ai contacté le service client de Jet Tours, ils auront l’avis médical du médecin d’ici la fin de la semaine, je vais devoir reprendre un rendez-vous. J’ai aussi annulé la visite de Réthymnon, autour de la culture culinaire crétoise, et ils ont déjà remboursé le montant des visites et le repas crétois.

    La matinée va être bien occupée : l’infirmière doit passer vers 9 h pour la prise de sang et elle récupèrera le petit bocal pour l’ECBU, je dois aussi passer à la pharmacie pour prendre le Spasfon. Cela me fera du bien de marcher un peu : le centre-bourg est encore bloqué pour des travaux (raccordement d’un bâtiment à la fibre).

    J’ai cherché à joindre le cabinet médical (peu importe lequel) de 9 h du matin à 11 h (voire 11 h 30). J’avais un message qui me disait que l’on peut téléphoner le matin de 9 h à 12 h 30 et qui se termine par « Merci de rester courtois, les secrétaires ne sont pas responsables des délais ». Le reste de l’enregistrement invite fortement les patients à demander un rendez-vous sur une plateforme bien connue. Je n’ai rien contre quand il ne s’agit pas d’une « urgence », mais quand vous constatez que le premier créneau libre est dans 10 jours, vous préférez téléphoner. Il y a deux secrétaires, que vous jouez à pile ou face : la « gentille » qui vous trouve un créneau sans vous agresser, et la « dragonne » que vous allez découvrir. Encore une fois, on retrouve souvent ce genre de duo dans différents cabinets médicaux, dentaires ou en radiologie. (Je rappelle que le diaporama comporte des flèches sur les côtés, il y a 5 « diapos »)

    Les dialogues sont simplifiés mais leur contenu est exact. Qu’on ne soit pas aimable, soit, mais qu’on se permette de demander au patient pourquoi il doit revoir le médecin alors qu’il a été reçu en consultation me semble enfreindre le secret médical. Je donne ici des infos précises, parce que c’est mon choix de le faire, ce n’est pas le cas dans la scène vécue ce matin. Je suis resté courtois, même si à un moment j’ai eu envie de répondre « Mais en quoi ça vous regarde ? »

    Finalement, je préfère mes dragons virus, au moins on sait pourquoi ils sont là !

    Mercredi 2 septembre

    Oublions la dragonne du cabinet médical : j’ai téléphoné à l’organisme auquel j’avais fait appel pour le séjour en Crète. J’ai eu un opérateur tout à fait charmant et rassurant au téléphone. J’avais rédigé un mail hier matin, et il m’a dit : « Ne vous inquiétez surtout pas, tout est en règle. L’assurance va vous contacter prochainement ». Je lui ai demandé si on pouvait simplement reporter le séjour ou transformer la somme versée en avoir : « Il n’y a aucun souci, ils vont vous proposer plusieurs formules. Surtout ne vous inquiétez pas et prenez soin de vous. Lorsque vous irez mieux, nous pourrons de nouveau envisager votre séjour ».

    Bon, ce n’est pas la dragonne qui me souhaiterait d’aller mieux, tiens ! Ce monsieur ne me connaît pas, mais il a géré la situation de façon très professionnelle sans rester dans les généralités impersonnelles et en tenant compte du contenu du mail qu’il avait sous les yeux. Je pense que certains téléconseillers de ma mutuelle feraient bien d’avoir la même formation. Pour la secrétaire du cabinet médical, j’ai peur que ce soit trop tard, hélas.

    La nuit s’annonçait mouvementée, je me suis levé vers minuit avec le cirque habituel, mais, finalement, c’est passé assez vite et j’ai pu somnoler dans le fauteuil avant de regagner la chambre. Ce matin, je me suis réveillé à 7 h 30, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas autant dormi !

    J’espère que les crises sont en phase descendante, je n’ose pas trop le dire trop fort car la dernière fois que je l’ai pensé, les douleurs sont revenues, encore plus vives.

    Demain, c’est réveil matinal avec consultation post-greffe le matin ; la circulation est plus dense qu’au mois d’août, il ne faudra pas traîner. Doc Sylvie ne manquera pas de me demander où j’en suis avec mes crises douloureuses, et je vais pouvoir lui donner le diagnostic du généraliste, en expliquant que ce n’est pas simple d’avoir un rendez-vous en raison du cerbère de l’accueil. Demain, en début de soirée (18 h 15 a dit la dragonne), j’ai une deuxième consultation avec le généraliste. Ma principale question sera « Que fait-on si les crises reviennent ? Faut-il avoir un traitement d’urgence en réserve ? » Le risque de récidive après une colique néphrétique n’est pas négligeable. Je lui expliquerai que, même quand on précise que c’est une urgence, le filtre effectué par la secrétaire risque de retarder la prise en charge. Je partagerai l’article demain matin sur Facebook, mais je ferai des mises à jour en fonction des infos.

    La prise de sang effectuée hier donne des renseignements importants avec des neutrophiles toujours élevés (réaction aux douleurs aiguës) et, surtout, la présence d’hématies dans les urines. Le fait de retrouver du sang dans les urines permet de conforter l’hypothèse d’un calcul rénal. Doc Sylvie sera probablement intéressée par ce résultat. Le taux de CRP, qui est la signature d’une inflammation, est de nouveau très élevé. Que le ou les coupables lèvent le doigt : calcul ? CMV/EBV ? foie ? On en saura plus quand on connaîtra le prochain bilan.

    Une petite infographie pour bien comprendre les suites possibles d’une colique néphrétique. Attention, certains médicaments sont formellement interdits avec la prise de cortisone ou nécessitent un avis médical (c’est indiqué mais je préfère le signaler déjà).

    Jeudi 3 mars :

    Je reviens vous donner quelques nouvelles après la visite post-greffe de ce matin. Doc Sylvie m’a immédiatement demandé où en étaient mes crises de coliques néphrétiques. Je lui ai expliqué les derniers déroulements, en évoquant au passage la “secrétaire médicale dragonne”. Cela a déclenché instantanément une bonne rigolade collective. Elle appelle une de ses collègues en urologie, lui explique la situation, donne mon patronyme (malheureusement trop célèbre !) et nous éclatons tous de rire : l’urologue au téléphone, Doc Sylvie, Michel et moi. Elle dit à sa collègue “Le patient est en face de moi, et il est mort de rire !” L’urologue donne la marche à suivre, elle envoie par mail une ordonnance pour une échographie vessie pleine (quelle horreur, ce truc !), recueil des urines sur 24 h, recueil des urines du matin), analyse de sang à réaliser et elle ajoute qu’elle va programmer une consultation. Avant de raccrocher, elle demande le contexte. Doc Sylvie “Ah, oui, je ne t’ai pas tout dit : il a eu une greffe de moelle osseuse et de nombreux traitements post-greffe. Tu sais, il n’est pas chochotte, et les crises sont vraiment très douloureuses, son conjoint est impressionné à chaque fois”.

    Bon, je ne suis pas chochotte, c’est déjà ça ! Comme on pouvait s’en douter, tout va bien, sinon, à part le CMV que Doc Sylvie surveille toujours de près “Vous vous doutez que s’il continue à grimper, on va vous demander de revenir faire un contrôle la semaine prochaine !”

    La matinée a passé rapidement : après la visite, j’ai attendu un peu pour aller à la prise de sang (qui est aussi une séquence “papotage”) et j’ai pris le petit-déjeuner assez tardivement.

    J’attends maintenant la consultation avec mon médecin généraliste. Je vais pouvoir faire le point avec lui sur la suite envisagée, qui a été gérée dans la bonne humeur et avec une efficacité totale par Doc Sylvie.

    31 août 2026

  • La vie après la greffe, 27 août 2026

    Vendredi 21 août

    Je suppose que vous voulez savoir comment se porte mon rein droit. Il s’agit bien de lui, en l’occurrence, car j’ai vu comment le localiser précisément en enfonçant (légèrement, sinon ça peut faire très mal) les doigts sous les côtes, à l’arrière, évidemment. Anatomiquement, le rein droit est légèrement plus bas que le rein gauche (le foie prend beaucoup de place). Il n’y a pas photo, ce point est douloureux lorsque je le palpe, et la douleur, lorsqu’on n’est pas en train de triturer cet organe, peut être aiguë, ou plus sourde, elle irradie vers le flanc droit également. Là, on va dire que c’est plutôt une douleur sourde, avec encore des crises plus violentes mais qui ont l’air de s’espacer. Le salut ne viendra pas du CHU, puisque je n’ai eu aucun retour, ni du généraliste, car il faut attendre le 31 août pour avoir un rendez-vous. Vous me direz « Essaie de voir son ou sa remplaçante », et là, le premier créneau libre est le 4 septembre. Bref, ne tombez pas malade en août. De plus, je n’ai pas envie de dérouler tout le bla-bla de mon historique médical devant un interne ou une remplaçante qui ne saura sans doute pas trop quoi faire de toutes ces informations. Par exemple, je ne dois pas prendre d’ibuprofène avec la cortisone. Je suis convoqué en post-greffe le 3 septembre, donc je ferai le point avec Doc Sylvie, c’est bien la première fois qu’elle me laisse « en rade », sans doute parce qu’elle n’a pas de solution, mais bon, un petit échange avec quelques conseils aurait été le bienvenu.

    Je vais rester avec mes crises (cela ressemble tout de même à des coliques néphrétiques, d’après les descriptions que j’ai pu lire) et serrer les dents. Je ne suis pas une « urgence », dans la mesure où je ne suis pas gêné pour uriner, je n’ai pas de fièvre, je n’ai pas de vomissements incoercibles, et je tiens encore sur mes jambes. La douleur, ma foi, il faudra faire avec. Je prends du paracétamol avec prudence, donc avec parcimonie, car le foie n’apprécie pas cette molécule. Vous savez d’ailleurs qu’un surdosage en paracétamol peut détruire votre foie très rapidement.

    Comme je ne m’aventure pas trop à l’extérieur, j’ai le temps d’éplucher les informations. La nouvelle du jour, c’est que la ministre de la Santé a annoncé que le gouvernement renonçait finalement au doublement des franchises médicales. Bonne nouvelle, me direz-vous. Oui et non car il est question d’augmenter ces franchises en tenant compte de l’inflation depuis leur mise en place, soit près d’un tiers depuis 2005. Si je comprends bien, il s’agit d’un rattrapage rétroactif. Je connais pas mal de salariés qui aimeraient aussi que ce rattrapage rétroactif s’applique à leurs salaires, notamment les fonctionnaires qui ont connu les indices boqués pendant des années (si j’entends « ah mais, pour les fonctionnaires, les profs, ces fainéants qui ont plein de vacances, c’est normal », je vous jette un sort pour que vous ayez à votre tour une bonne colique néphrétique). D’après certains calculs, cela porterait les franchises, actuellement 50€ par an, à 67€, somme à multiplier par deux, puisqu’il y a deux types de franchises, sur les actes médicaux et sur les médicaments.

    Donc, pour résumer, quand il s’agit de ponctionner les malades, les lois rétroactives peuvent s’appliquer, mais quand il s’agit de revaloriser les salaires, c’est impossible. Je caricature volontairement, mais à peine. Dites donc, mesdames et messieurs les membres fort honorables du conseil Constitutionnel, c’est bien dans les clous, une loi rétroactive ? J’ai le souvenir d’avoir appris l’inverse.

    Voici un article intéressant sur le sujet… Quand vous l’aurez lu, vous pourrez vous enfoncer les doigts sous les côtes pour localiser votre rein droit. Si ça vous fait mal, c’est que vous avez dit du mal des fonctionnaires.

    https://www.franceinfo.fr/sante/du-doublement-du-plafond-a-une-indexation-sur-l-inflation-le-gouvernement-change-son-fusil-d-epaule-pour-les-franchises-medicales_8155832.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Week-end des 22 et 23 août

    Vendredi 22 août

    Je passe rapidement sur la douleur rénale qui m’a encore réveillé en pleine nuit, alors qu’hier soir cela semblait s’apaiser ; c’est bien fait pour moi, il ne faut pas avoir ce genre de « trucs » en plein mois d’août.

    Je lisais hier un article intéressant sur un nouveau médicament qui permet de traiter les LLC (leucémies lymphoïdes chroniques) réfractaires. J’évoquais les risques de récidive de la LLC et de la myélodysplasie il y a quelques jours. Le médicament prometteur, qui permet aussi de soigner le lymphome du manteau, se nomme le Jaypirca. Il est pris en charge à 100% et permet de soigner des malades qui sont en échec thérapeutique avec d’autres lignes de traitement. Ce sont les fameux profils génétiques « tordus », comme le disait Doc Sylvain en parlant du mien, qui peuvent provoquer des résistances aux traitements. Il faut donc ruser, trouver les bonnes portes d’entrée et court-circuiter les adaptations avant qu’elles n’aient lieu. Parfois, on utilise la méthode « Car-T cells » qui permet de modifier génétiquement les lymphocytes d’un patient, de les programmer pour attaquer les cellules « malades » avant de les réinjecter. Technique qui ne fonctionne pas pour la LLC, du moins pas encore. Donc, on reste sur les traitements classiques, avec des médicaments qui évoluent très rapidement et des laboratoires qui profitent de ce créneau pour pratiquer des prix exorbitants. Voyez par vous-mêmes : la boîte de 60 comprimés qui correspond à une dose mensuelle (x2 comprimés quotidiens) est affichée à 5397,38€. Je doute que ce prix soit le reflet réel d’une complexité à produire la molécule, il est plutôt un choix stratégique de la part des labos : c’est une « niche » de patients réfractaires, donc il concerne globalement une petite quantité d’individus pour lesquels le médicament représente un espoir réel de rémission à long terme, alors on pratique un tarif très élevé. J’ai eu en ce qui me concerne un début de traitement anti-rejet avec le Néoral, qui se situe dans les mêmes zones tarifaires, et pourtant, c’est un médicament très commun que connaissent tous les greffés, que ce soit pour la moelle osseuse ou pour des organes « solides ». Mes reins ne supportaient pas le traitement, qu’il a fallu arrêter en urgence, et c’est là que la cortisone a pris le relais. La cortisone est un médicament beaucoup plus abordable, mais elle n’a pas le même intérêt que le Néoral.

    Petite anecdote, je me sentais toujours coupable lorsque j’avais des nausées avec vomissements après avoir avalé le comprimé à 150€, sachant que l’on ne doit pas en prendre un deuxième après avoir vomi. Bon, c’est rarement arrivé, mais tout de même, j’avais l’impression de « gaspiller ».

    Tout cela pour dire que, si on veut faire effectivement des économies, il faut peut-être aussi se pencher sur les profits réalisés par l’industrie pharmaceutique et au moins interroger les pratiques lorsque ces traitements (réellement novateurs) sont pris en charge à 100%, donc par le système de santé. Cela permettrait peut-être d’éviter les économies de bouts de chandelles qui retombent sur le malade (double ou triple peine selon son statut). Le malade n’a rien demandé, surtout pas d’être réfractaire aux traitements, profiter de la situation de ces patients en mettant sur le marché des traitements efficaces, mais hors de prix devrait interroger les politiques. Les médecins s’insurgent depuis longtemps. Madame la ministre de la Santé est médecin, elle sait parfaitement ce qu’il en est, mais épargne les grands groupes pharmaceutiques.

    Voici le lien qui permet d’en savoir plus sur le Jaypirca :

    Une nouvelle spécialité dans la LLC et le lymphome du manteau : JAYPIRCA

    Pour égayer un peu cette actualité pesante, voici une pépite comme je les aime, même si j’étais complètement passé à côté quand la chanson est sortie. C’est grâce au karaoké de Nagui que j’ai pu apprécier les paroles et l’interprétation de Carmen Maria Vega toute en folie douce (ou parfois furieuse).

    On peut rester dans le registre « folie douce ou furieuse » en évoquant la rentrée pour les chefs d’établissement. Principaux, proviseurs et adjoints sont au « taquet » comme on dit. J’adorais cette période, où l’on peaufine les détails de la rentrée, où on relit les emplois du temps, parfois en les modifiant en catastrophe parce qu’un collègue un peu distrait vous a piqué le prof de sport que vous partagez sur les journées qu’il vous avait indiquées comme « disponibles ». Cela m’est arrivé, évidemment, et c’est grâce à la solidarité de mon équipe EPS, qui avait accepté de modifier l’attribution des différents niveaux que nous étions parvenus à sortir tout le monde du bourbier quelques jours avant la rentrée. Si j’avais pu mettre une fessée au collègue responsable, je l’aurais fait bien volontiers.

    Pour résoudre ces problèmes, et s’appuyer sur les documents transmis, il faut pouvoir communiquer via les messageries académiques, notamment, pour transmettre les documents de travail, les emplois du temps et les informations, aux uns et aux autres. Or, j’ai lu dans la presse régionale et nationale que les collègues sont en rade : un des proviseurs de Cholet indique qu’il est au chômage technique : le piratage des sites « éducation nationale » a conduit l’académie de Nantes, et quelques autres, à verrouiller tout le système en attendant des jours meilleurs. Le proviseur ne peut donc pas travailler normalement, il ne sait pas quelles sont les services partagés définitifs (il y a toujours des ajustements de dernière minute), il ne peut pas contacter son équipe de profs en utilisant la messagerie académique, ni envoyer la liste des fournitures aux parents, ni payer les factures, et il conclut en disant qu’il aimerait bien pouvoir travailler « normalement ». Cela pourrait faire sourire, mais je disais à Michel : « Imagine ma tête si ce genre de trucs m’était arrivé ! »

    Ce n’est pas comme s’il n’y avait rien à faire, n’est-ce pas ? L’académie de Nantes s’est souvent distinguée par des dysfonctions informatiques ou par des mises en place de logiciels « pourris » hasardeuses. Je ne risque rien à le dire, je suis un heureux retraité et j’ai souvent essuyé les plâtres. J’allais aussi à droite et à gauche dépanner mes collègues, surtout quand j’étais en Mayenne. Les secrétaires me disaient en aparté « Il/elle est au bord de la crise de nerfs depuis ce matin, on compte sur vous ! ». On reprenait les opérations calmement, sans oublier de plaisanter, et on finissait par trouver la solution. Je me souviens de cette collègue qui m’avait dit « Joël, je deviens folle ! Je rentre des services, et ils disparaissent ! » Je lui avais demandé de me montrer comment elle s’y prenait. Ma collègue était myope, malgré les lunettes qu’elle avait sur le nez, et elle cliquait sur « – » au lieu de cliquer sur « + » à chaque cours qu’elle pensait valider, elle détruisait son service au lieu de l’ajouter. Il faut dire que c’était tellement mal fichu qu’il fallait presque une loupe pour distinguer les deux signes. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », écrivait Camus. Ma collègue avait failli terminer en psychiatrie et n’avait pas envie d’écouter les sages conseils de Camus. Alors, quand plus rien ne fonctionne avant la rentrée, on peut se dire que les H.P vont connaître des heures glorieuses.

    Dimanche 23 août

    La nuit a été à peu près calme, mais j’ai eu une nouvelle crise vers 1 h 30. J’avais pris un doliprane hier soir, j’ai donc laissé un intervalle suffisant avant d’en reprendre un ce matin. Tout ce qui est AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens, tels que l’ibuprofène) est strictement déconseillé en cas de prise de cortisone. Le seul antalgique possible sans ordonnance reste le doliprane. J’ai aussi testé une bouillotte à chauffer au micro-ondes. La chaleur est conseillée pour apaiser les douleurs, et c’est plutôt pas mal, notamment lorsqu’on est au lit, cela permet de s’endormir plus confortablement. On veille à ce que ce ne soit pas brûlant comme le bloc qui m’avait brûlé le dos au 2e degré en pneumologie, avec un probable dysfonctionnement du micro-ondes. Oui, toujours cet effet « mistigri » qui me fait tester toutes les tortures possibles. J’ai pu faire du ménage ce matin, c’est déjà ça. Si cela vous passionne (!) ou vous concerne, ou concerne quelqu’un de votre entourage, voici un article plutôt bien fait sur les coliques néphrétiques. Les crises peuvent se succéder pendant un mois, et elles ne sont pas toujours provoquées par un calcul. Il peut y avoir une inflammation de l’uretère après une pyélonéphrite, ce qui provoque une surtension du rein, qui est normalement un organe « silencieux », et qui se manifeste par des douleurs dans des cas bien précis. On sait, par exemple, que l’insuffisance rénale s’installe sans aucune douleur particulière, le rein est un organe particulièrement discret, comme le foie, d’ailleurs. Parmi les potentiels coupables, le CMV est en bonne place dans la littérature médicale. Je ne veux pas le réveiller totalement, mais on sait qu’il avait déjà ouvert un œil à la dernière analyse, en augmentant sa charge virale plus tôt que prévu

    Pyélonéphrite et, ensuite, inflammation de l’uretère : je pencherais bien pour ce cas de figure en ce qui me concerne. Ce n’est pas une urgence vitale tant qu’il n’y a pas d’infection ou de rétention urinaire importante, mais c’est bien douloureux tout de même. De toute façon, ce ne sont que de vagues hypothèses de ma part, des spéculations

    Voici le lien

    Colique néphrétique : Causes et symptômes – Santé sur le Net

    Autre thème de saison, et sans vouloir jouer les rabat-joie, il est temps pour mes amis profs de songer sérieusement à la rentrée. On vérifie sa trousse, on commence à réfléchir aux premiers cours, avec, pour les plus téméraires, une programmation annuelle, tout en sachant qu’on en viendra jamais à bout, on envoie un mail à ses collègues… Ah eh bien non, la messagerie académique semble en rade. Bon, tant pis, on va utiliser les adresses personnelles. C’est peut-être un peu tôt non ? Allez, on va leur laisser croire encore quelques jours que les vacances sont éternelles. On se demande combien de temps on va résister avant de faire un petit coucou à l’équipe de direction : « Ah tiens, bonjour M. Trucmuche, on allait essayer de vous joindre pour régler quelques derniers détails. » « Ah, voilà Mme Duchmol, avez-vous passé de bonnes vacances ? Comment ? Ah oui, votre service partagé ! Eh bien, ce sera la surprise, le rectorat est en rade, nous sommes en rade aussi, tout le monde est en rade mais on vous préviendra… quand on pourra. »

    Bon, tout compte-fait, attendez donc la pré-rentrée !

    On peut écouter un peu de musique évoquant la fin des vacances et travailler sa respiration afin de gérer le stress :

    A l’école où nous avons appris l’A B C
    La maîtresse avait des méthodes avancées
    Comme il fut doux le temps, bien éphémère, hélas
    Où cette bonne fée régna sur notre classe
    Régna sur notre classe

    Avant elle, nous étions tous des paresseux
    Des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux
    En travaillant exclusivement que pour nous
    Les marchands de bonnets d’âne étaient sur les genoux
    Étaient sur les genoux

    La maîtresse avait des méthodes avancées
    Au premier de la classe elle promit un baiser
    Un baiser pour de bon, un baiser libertin
    Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin
    Enfin bref, un patin

    Aux pupitres alors, quelque chose changea
    L’école buissonnière eut plus jamais un chat
    Et les pauvres marchands de bonnets d’âne, crac
    Connurent tout à coup la faillite, le krach
    La faillite, le krach

    Lorsque le proviseur, à la fin de l’année
    Nous lut les résultats, il fut bien étonné
    La maîtresse, elle, rougit comme un coquelicot
    Car nous étions tous prix d’excellence ex-æquo
    D’excellence ex-æquo

    A la recréation, la bonne fée se mit
    En devoir de tenir ce qu’elle avait promis
    Et comme elle embrassa quarante lauréats
    Jusqu’à une heure indue la séance dura
    La séance dura

    Ce système bien sûr ne fut jamais admis
    Par l’imbécile alors recteur d’académie
    De l’école, en dépit de son beau palmarès
    On chassa pour toujours notre chère maîtresse
    Notre chère maîtresse

    La cancre fit alors sa réapparition
    Le fort en thème est redevenu l’exception
    A la fin de l’année suivante, quel fiasco
    Nous étions tous derniers de la classe ex-æquo
    De la classe ex-æquo

    A l’école où nous avons appris l’A B C
    La maîtresse avait des méthodes avancées
    Comme il fut doux le temps bien éphémère, hélas
    Où cette bonne fée régna sur notre classe
    Régna sur notre classe

    Source : LyricFind

    Paroliers : Georges Charles Brassens

    Lundi 24 août

    J’ai tenté de vous résumer ce que peut donner une crise de colique néphrétique, c’est à peu près toujours le même déroulement, avec des durées variables.

    Le doliprane, ce n’est pas si mal, il faut juste être patient pour qu’il fasse effet. Je le prends de préférence le soir, afin de passer une nuit plus tranquille, et lorsque les crises se répètent en journée. Je n’abuse pas : mon foie risquerait de ne pas apprécier, j’essaie de limiter à deux comprimés / 24 h. La déambulation ne sert certainement à rien, mais elle est souvent décrite comme une des caractéristiques de ces crises douloureuses. Je confirme : je pars souvent avec mon bol de café, le matin, et je me déplace, puis je me rassois, et ensuite je me relève. Oui, ça doit être fatigant à regarder ! En ce qui concerne la bouillotte, je dois dire que c’est plutôt apaisant, et, au moins, je n’absorbe rien de nocif.

    Mardi 25 août

    La nuit a été plutôt courte, mais calme, sans crise néphrétique et, ce matin, c’est plutôt stable. J’ai toujours ce point sensible, avec une douleur diffuse, au niveau du rein droit, mais sans crise aiguë. Espérons que le répit dure un peu.

    Qui dit réveil matinal dit revue de presse. On commence à voir, çà et là, des articles qui mentionnent les difficultés attendues pour la rentrée dans plusieurs académies, suite au blocage des applications « éducation nationale » qui empêchent les équipes de direction de travailler « normalement » et de préparer sereinement la rentrée. Toutes les académies ne sont pas logées à la même enseigne et certaines, sans que je sois capable de vous l’expliquer, échappent à ce marasme informatique. J’ai lu des échanges entre profs et, par exemple, tout fonctionne normalement dans l’académie de Strasbourg, alors que l’académie de Toulouse est elle aussi en rade. Cela concerne aussi la communication avec les familles, et l’impossibilité matérielle de saisir les coordonnées des nouveaux inscrits. Les familles s’étonnent de ne pas avoir de nouvelles de la part des établissements concernant les modalités de rentrée… Voilà qui va encore faire de la pub au service public. J’ai sélectionné un article qui fait le point. D’ailleurs, je ne pense pas que le ministre ait mentionné ces problèmes techniques devant la presse, il a préféré parler de l’interdiction des téléphones portables au lycée. Les collègues qui rament actuellement ont dû, comme ils en ont l’habitude, se sentir compris et épaulés (à lire au second degré).

    https://www.franceinfo.fr/societe/education/piratage-de-l-education-nationale-la-rentree-scolaire-aura-lieu-mais-ca-risque-d-etre-un-peu-la-pagaille-temoigne-un-chef-d-etablissement_8159294.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    La guerre de Troie n’aura pas lieu, écrivait Jean Giraudoux, mais la rentrée vaille que vaille aura bien lieu.

    Voici un autre article qui concerne l’académie de Nantes, toujours à la peine (d’autres académies retrouvent petit à petit un fonctionnement « normal).

    « On travaille à l’aveugle », à une semaine de la rentrée des classes, les établissements scolaires dans le flou suite à une cyberattaque

    Autre nouvelle, qui confirme ce que j’expliquais récemment, le « rattrapage » sur les franchises médicales est acté. Un bon décret permettra d’éviter des débats interminables et zou, l’affaire est dans le sac. Alors, après qu’ils nous ont annoncé le pire, on serait presque soulagés. C’est oublier que ces franchises augmenteront désormais automatiquement en fonction de l’inflation alors que l’on parle de désindexer les retraites. Oui, ces nantis n’ont qu’à payer !

    https://www.franceinfo.fr/sante/le-plafond-des-franchises-medicales-finalement-fixe-a-140-euros-par-an-contre-100-euros-actuellement_8159756.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Petite mise à jour : suite à trois crises répétées, et très douloureuses, Michel a contacté le service post-greffe. Après plusieurs échanges téléphoniques avec l’infirmière, je suis convoqué demain matin. J’espère qu’une imagerie pourra être programmée (scanner ou échographie), afin de savoir ce qui se passe réellement au niveau de ce fichu rein. Affaire à suivre… J’ai très mal, donc je développerai ultérieurement.

    Mercredi 26 août

    Voilà, nous avons passé un long moment dans le service post-greffe, avec Doc Sylvie, un peu colère après les généralistes peu ou pas disponibles au mois d’août, qui a néanmoins et comme d’habitude été efficace. J’ai eu droit à un petit passage dans le cabinet, pour faire le point sur les douleurs et, comme moi, elle était persuadée qu’il s’agissait de coliques néphrétiques. Ensuite, ce fut la prise de sang « simplifiée », et les résultats (rapides) ont montré que tout était « nickel », dixit Doc Sylvie. Elle avait demandé un scanner en urgence, on est passé me prendre vers 11 h. Et, lorsque les résultats sont tombés, Doc Sylvie est revenue me voir (j’étais installé dans la chambre), elle m’a dit d’un air navré : « Ce n’est pas le rein, il n’y a rien qui montre une lithiase, et tout est parfait de ce côté-là. Et pourtant, vos douleurs sont réelles, mais on ne sait pas d’où elles viennent. » Elle m’a prescrit deux morphiniques puissants, le Skenan (traitement de fond, deux comprimés quotidiens) et l’Actiskenan, à prendre en cas de crise en dépit du Skenan, un toutes les 6 heures maximum. Ce sont deux antalgiques très puissants, en général donnés lorsque les douleurs cancéreuses sont insupportables. Les deux sont considérés comme un stupéfiant, avec une caractéristique impressionnante : le conditionnement en gélule permet un effet retard. Si certains veulent accélérer le processus en ouvrant la gélule pour absorber les granules, c’est la mort quasiment assurée : la morphine libérée ne peut pas être absorbée par l’organisme et c’est l’overdose. Bon, je ne suis pas joueur, mais j’imagine que le médicament peut faire l’objet de trafics en tous genres. D’ailleurs, il faut une procédure spéciale pour la délivrance des gélules, avec vérification du contenu des boîtes et procédure sécurisée. Les boîtes manquantes seront livrées demain matin. J’ai déjà pris un Actiskenan, et je prendrai le traitement de fond ce soir. Comme bien souvent avec la morphine, on a une ribambelle d’effets secondaires possibles : somnolence, nausées, constipation, baisse de l’attention (conduite déconseillée). On a aussi, sur les prises à long terme, un effet d’accoutumance qui demande des précautions lorsque l’on arrête le traitement, sinon on se retrouve comme un junkie qui n’a pas eu sa dose. Je vais être vigilant : Skenan en premier, pour le traitement de fond, et Actiskenan uniquement en cas de grosse crise douloureuse, ce qui me permettra, le cas échéant de prendre une ou deux boîtes en réserve, lors de notre séjour en Crète, de façon à pouvoir intervenir rapidement si une crise revient. Je tiens à présenter mes excuses à mon rein droit que j’ai injustement soupçonné.

    Jeudi 27 août

    J’ai fait une nuit complète et je me suis levé à une heure raisonnable, 7 h, c’est presque une grasse matinée ! La morphine est efficace, même à la dose très raisonnable de 10 mg par comprimé, mais ce matin je ressentais bien le point douloureux, sans que ce soit paroxystique. J’ai pris le comprimé magique avec les autres médicaments, sans vomito cette fois et je ne vais pas tarder à me préparer pour aller chercher les boîtes manquantes. Nous avons eu droit à un spectacle son et lumière hier. L’orage a débuté vers 20 h 30, mais il a été d’intensité modérée, avec de la pluie, de beaux éclairs bien visibles dans la nuit. Nous avons encore un peu de pluie ce matin, rien de bien conséquent mais c’est toujours ça de pris.

    J’ai demandé à ChatGPT d’illustrer la journée d’hier. Il m’a fait pas mal de bêtises dans les textes. Il reste une erreur que j’ai volontairement laissée pour que vous puissiez la retrouver. Quelques détails aussi auraient pu être rectifiés : j’étais allongé sur le lit pour la prise de sang, mais bon, l’ensemble est plutôt pas mal. Doc Sylvie n’est pas si mal réussie, l’I.A a reconstitué son avatar avec la description que je lui avais donnée. Détail amusant, dans une des versions, Doc Sylvie me tutoyait. Ce n’est pas le cas, même si on se connaît bien désormais. En revanche, Doc Sylvain m’avait appelé par mon prénom : « Joël, on y va ». Quelle que soit la forme utilisée, cela ne me dérange aucunement, les relations que l’on tisse entre patient et médecin ne dépendent pas du « tu » ou du « vous » mais du rapport de confiance qui s’établit.

    Michel m’a dit : « C’est bien, ta BD, mais on n’arrive pas à lire le texte ». Il a raison. Il n’a pas toujours raison, mais là, précisément, oui. J’ai essayé plusieurs fois d’agrandir l’image mais cela ne fonctionne pas. Je viens d’avoir une idée qui permet de résoudre ce problème (oui, parfois j’ai des idées). Il suffit d’utiliser la fonction « zoom » de votre navigateur, et là, ô miracle, le texte devient lisible. N’oubliez pas que je suis dopé à la morphine et à la cortisone. Entre deux périodes de somnolence, je peux avoir une ou deux idées intéressantes. La fonction « zoom » se trouve dans les paramètres de votre navigateur. Si vous avez peur de « faire une bêtise », utilisez une loupe, mais c’est moins pratique.

    Autre idée de la journée, je suis allé interroger Gemini pour avoir un autre point de vue sur ces douleurs « pseudo crises de coliques néphrétiques ». Il a exploré une piste qui me semble intéressante : une neuropathie douloureuse, vous savez, ce genre de choses que l’on retrouve dans la névralgie du trijumeau, tellement douloureuse qu’elle peut amener au suicide les personnes qui en sont atteintes. Gemini précise que cette attaque peut partir d’un nerf qui a été fragilisé lors de la pyélonéphrite, par exemple, ou d’une attaque par le CMV. Cela ne se voit pas au scanner, ni à l’IRM mais la description des deux types de douleurs : une douleur sourde mais constante + des crises paroxystiques correspond exactement à ces neuropathies. Autre piste, qui a été évoquée par Doc Sylvie : un zona qui serait en incubation, mais la durée des crises (depuis le 15 août) lui a fait dire « on ne voit rien au niveau de la peau… » Or, dans certains cas, le zona ne sort pas : il attaque un nerf, provoque son lot de douleurs atroces, mais il reste invisible. Les douleurs, elles, sont violentes et bien présentes, laissant les médecins perplexes. Alors, comment démêler tout cela ? Ce n’est pas du ressort de Doc Sylvie qui m’a bien précisé « Je ne suis pas médecin généraliste ». J’ai pensé à une piste que j’ai soumise à Gemini : le CHU d’Angers a un service spécialisé dans le traitement de la douleur, et il est réputé. Puisqu’on ne peut pas utiliser l’imagerie classique, les médecins s’appuient sur des questionnaires très précis : nature des douleurs, fréquences, moments de la journée où elles surviennent. Il y a aussi d’autres examens du type myélogramme. L’intérêt est la prise en charge de la douleur avec des traitements adaptés (je ne vais pas rester sous morphine très longtemps). Je reparlerai jeudi prochain de cette histoire de zona invisible et je demanderai à Doc Sylvie, au cas où les douleurs les douleurs reviendraient à l’arrêt du traitement, si une consultation dans ce servie spécialisé ne serait pas une piste à explorer, cela lui permettrait d’être libérée de ce « fardeau » car elle est très ennuyée de ne pouvoir m’aider davantage et elle déteste que ses patients souffrent, et cela me permettrait d’avoir un traitement adapté si les crises reviennent. Moralité : pensez à changer d’I.A de temps en temps.

    Au fait, oubliez la fonction « loupe », j’ai trouvé comment agrandir l’image, il suffit maintenant de cliquer sur les « BD » une seule fois, et vous aurez l’image agrandie. Merci l’I.A !

    21 août 2026

  • La vie après la greffe, 19 août 2026

    Vendredi 14 août

    Cela devrait être l’été en pente douce, comme on l’a connu jadis : les plages commençaient à se vider, les journées devenaient moins chaudes et on accueillait avec soulagement les traditionnels orages du 15 août. La rentrée était dans toutes les têtes et, en ce qui me concerne, ce fut toujours un moment de grande attente, la fin des vacances me semblait interminable. Gamin, j’étais impatient de retrouver l’école, mes copains et mes copines, la maîtresse (je n’ai jamais eu d’instituteur), l’odeur de la classe, les marronniers et les tilleuls dans la cour, et mille détails dont je me souviens encore. Plus tard, j’adorais préparer la rentrée pour mes élèves. Je me demandais à quoi ressemblerait « ma » classe de sixième et j’espérais que les deux mois de vacances auraient enfin fait grandir cette classe de 4e dont j’allais être désormais le prof principal, alias le P.P, en 3e, car, pour les différents principaux que j’ai connus dans ce petit collège du sud Mayenne, il fallait que ce soit moi en 3e B et ma collègue de lettres classiques en troisième A, même lorsque l’on suggérait de prendre un autre niveau. Refuser la charge aurait été vécu comme un affront personnel… alors on essayait de faire du mieux possible. Au gré des mutations des collègues, il y eut d’autres « tandems » de P.P, dont certains inoubliables : nous adorions « mettre le bazar », organiser des ateliers pour l’orientation, en « kidnappant » régulièrement la documentaliste et les différents conseillers d’orientation.

    Enfin, il y eut la période « principal de collège », avec le même enthousiasme lorsque je retrouvais les agents, puis les profs, les nouveaux, l’équipe « vie scolaire », les anciens, les élèves enfin. Cela me manque-t-il ? Non, je suis passé à autre chose, mais je regarde toujours, quand je passe devant un collège, si c’est l’heure de la récré, ou si le prof qui vient de se garer est heureux d’aller bosser ou pas. Cela se voit tout de suite et, s’il a la tête baissée, le dos arrondi, et les épaules qui semblent céder sous le poids de l’ennui, je le plains, et je plains les élèves.

    Je me souviens d’une prof qui arrivait le matin en soupirant, c’était terrible. Elle soupirait comme si elle allait expirer, là, sur place, avant de murmurer un lugubre « bonjour » que n’aurait pas renié Mercredi Addams. J’avais l’impression de croiser la mouette de Gaton Lagaffe. En revanche, celui ou celle qui avance d’un pas décidé, sourire aux lèvres, tête haute, fera passer une bonne journée à ses collègues et à ses élèves qui savent qu’il ou elle sera intraitable, mais juste, en vérifiant si le travail demandé a été fait, et qui apprécient son humour et l’attention qu’il (ou elle) porte à chacun. Voyez-vous, malgré tout ce qu’on leur fait subir, il reste d’excellents profs.

    Mais nous ne sommes qu’à la mi-août et un bel orage, avec un petit peu de grêle, de la pluie et du tonnerre est arrivé sans prévenir, surgi du diable Vauvert comme le disait Léon Zitrone, belle surprise matinale rafraîchissante et bienvenue. Ah, que j’aime cette délicieuse odeur de pétrichor qui s’est répandue alors que nous avions portes et fenêtres grandes ouvertes. Il a fallu fermer très vite les ouvertures exposées à la pluie battante. La jeune grive nous a ensuite occupés en venant farfouiller dans le paillasson (je parle de la « pelouse »). Peu farouche, même si elle se savait observée par la fenêtre de la cuisine, elle a soulevé des tas de débris végétaux, car l’olivier s’est délesté d’une partie de ses feuilles, tout en sautillant joyeusement. Vive la mi-août, qui nous ferait presque croire que tout va redevenir « comme avant » !

    Samedi 15 août

    C’est un grand jour pour les croyants et la mi-août pour les autres. Cela n’empêche pas (je parle des autres) de s’intéresser à l’Assomption et à la Dormition de Marie. C’est d’ailleurs un point de divergence entre les chrétiens orthodoxes et les catholiques, les premiers réfutent le dogme selon lequel elle serait « l’Immaculée Conception », lavée de tout péché originel. Pour l’église d’Orient, ainsi que pour les protestants et les anglicans, Marie est morte, c’est le concept de « dormition ». Pour la petite histoire (enfin, si on peut dire) Jésus avait demandé, sur la croix, à Jean de veiller sur sa mère. Jean était d’ailleurs le seul apôtre présent. Il y avait Marie, Madeleine et Jean. L’iconographie représente souvent Jean en pleurs, tout près de Marie au moment où cette dernière va rendre l’âme, il a tenu promesse et a toujours été à côté de la mère de Jésus. Il accueille aussi les autres apôtres, dispersés à travers le monde (il faut bien bosser un peu et évangéliser les différentes contrées) et « téléportés » sur des nuées pour rejoindre Marie au moment où celle-ci quitte le monde terrestre. Dans la religion musulmane, Maryam (Marie) occupe une place d’honneur unique et extrêmement respectée.

    Ici, ce sont les nuées orageuses qui grondent et les éclairs qui zèbrent le ciel, l’orage se rapproche avec des coups de tonnerre plus fréquents et des éclairs bien visibles… Sale temps pour une téléportation !

    L’orage s’est finalement positionné juste au-dessus de chez nous, avec un activité électrique intense et bruyante (la foudre n’est pas tombée loin, plusieurs fois de suite), beaucoup de bruit, d’éclairs, et, surtout, beaucoup de pluie sans grêle et une longue coupure électrique. Un bonheur pour le jardin, et les plants de courgettes en sont très heureux. Au bout d’un moment, l’électricité est revenue et l’orage est parti vers Angers et la partie est du département.

    Sans transition, comme on dit au journal télévisé, j’ai interrogé l’I.A ce matin après le tintamarre matinal. J’ai encore une douleur sourde au niveau du rein droit, sans fièvre ni problèmes urinaires, mais il peut y avoir un « truc » qui traîne, soit au niveau du rein, soit au niveau de l’uretère. Je vais bien voir comment cela évolue et, si cela persiste, j’en parlerai à Doc Sylvie. J’ai aussi posé la question de la récidive au cas où. En ce qui concerne la LLC (Leucémie Lymphoïde Chronique), et contrairement à ce que je pensais, la greffe de moelle osseuse avec mon profil « compliqué » (mutation TP 53 et autres anomalies), le taux de récidive post-greffe est de 35 à 40% et n’est pas vraiment différent des taux de récidives sans greffe. Cependant, et compte tenu des nouveaux traitements, la récidive serait certes ennuyeuse mais relativement gérable, avec plusieurs possibilités de traitements.

    La récidive de la myélodysplasie, elle, est beaucoup plus insidieuse. Elle se traduit par une série de signaux peu visibles : baisse des plaquettes sur plusieurs NFS, baisse des neutrophiles ou des globules rouges, et apparition de signes plus inquiétants tels la myélémie (cellules sanguines immatures) ou de blastes (cellules cancéreuses). Pour les plaquettes, neutrophiles et globules rouges, tout se passe bien pour le moment, avec des fluctuations « normales ». J’ai eu une myélémie qui est certainement due à la pyélonéphrite : la moelle osseuse a « surchauffé » pour produire suffisamment de leucocytes, mais cette myélémie était transitoire. Elle serait plus inquiétante si on la retrouvait deux fois de suite, par exemple.

    Une récidive de la myélodysplasie serait ainsi beaucoup plus fâcheuse qu’une récidive de la LLC. Les chimios classiques seraient en quelque sorte neutralisées, avec une résistance prévisible aux traitements, et il y aurait peu d’options, en dehors d’essais thérapeutiques pour lesquels il faut déjà être éligible. Le taux de récidive approche les 50% et Doc Sylvain m’a déjà dit qu’avec mon caryotype « tordu » au départ, il fallait surveiller les moindres indices laissant supposer que la maladie revient, en dépit de la greffe. Une deuxième greffe ne serait de toute façon pas l’option choisie. On peut aussi réinjecter des lymphocytes du greffon (il est conservé dans l’azote liquide au cas où), mais ce n’est pas du 100% en termes de réussite. Donc, en raison de mon profil « tordu », je vais continuer à bien fréquenter le service hématologie avec Doc Sylvain quand je serai « remis sur pied », sans cortisone, avec une GVH hépatique neutralisée et des dragons virus endormis ou neutralisés. Ce n’est pas que Doc Sylvain ne veuille pas de moi, c’est une question de suivi plus efficace en post-greffe : il est mensuel (ou presque), le temps de consultation n’est pas limité, contrairement au suivi « classique » où la surveillance devient trimestrielle, avec des consultations limitées à 15 minutes. De toute façon, Doc Sylvain est informé de mes « fantaisies » lors des réunions hebdomadaires (RCP du mercredi matin), et il peut en discuter avec Doc Sylvie.

    Toujours d’après l’I.A, le service hématologie d’Angers est très réputé, Doc Sylvie est une professionnelle « remarquable et très appréciée » et Doc Sylvain est l’un des « grands spécialistes de la myélodysplasie ». Je suis donc, mais je le savais déjà, entre de très bonnes mains et je ne suis pas inquiet. Je distingue « vigilance » et « inquiétude ou anxiété ». La vigilance consiste à bien comprendre ses résultats d’analyse, et à contacter le service si quelque chose ne va pas, l’inquiétude (ou l’anxiété) serait de l’ordre de l’irrationnel, avec la peur continue de « replonger » dans la maladie. La lucidité me fait dire qu’une récidive est de l’ordre du possible, voire du probable, et que l’équipe hématologie m’associera pour les décisions à prendre, avec la plus grande sérénité possible et en toute transparence. On se connaît tous bien désormais, et mes hématologues anges gardiens ont bien compris que je voulais être informé, et associé, en tant que patient actif, ainsi que Michel qui est associé au processus en tant qu’accompagnant actif et informé. C’est un travail d’équipe où chacun, à la place qui est la sienne, travaille en synergie avec les autres membres. J’ai déjà évoqué le cas de ces patients qui sont dans le déni et vont régulièrement en « pôle oncologie » tout en niant que leur pathologie puisse être cancéreuse, c’est bien plus compliqué pour les équipes médicales qui les suivent. Je laisse de côté les cancers cutanés secondaires, qui sont aussi sous surveillance désormais.

    J’enchaîne avec une petite page musicale pour illustrer le film « Monsieur Aznavour » que nous avons regardé hier soir. Il a été réalisé par Grand Corps Malade et Tahar Rahim qui interprète le célèbre chanteur. Les Aznavourian ont fui l’Arménie et Charles, ainsi que sa sœur arrivent en France. Leur intégration n’est pas facile, mais le père de famille leur dit « Tant qu’on est ensemble, en famille, on ne risque rien ». Ils mangent peu, mais sont joyeux, dansent et chantent avec leurs amis arméniens. Le « petit Charles » (qui restera « petit » de taille) subit la discrimination et le racisme lors de ses premières prestations sur scène, on le traite de nabot, de métèque, d’escroc arménien. Lui n’a qu’une idée en tête : réussir, à tout prix. Piaf l’étouffe, il s’en va, non sans avoir compris qu’elle lui a prodigué de précieux conseils : « Mon petit génie, une carrière de chanteur commence en France ». Son premier mariage ne lui convient plus, il divorce. Il écrit pour Sylvie, qui sera la plus belle pour aller danser, et pour Johnny, qui retient la nuit. Le film s’articule autour des succès d’Aznavour : la Bohème, Je m’voyais déjà, Désormais etc. On retrouve aussi, au début du film, ses toutes premières chansons, et les articles au vitriol de journalistes qui le descendent en flèche. La famille l’entoure et le soutient : son père, homme simple et bon, sa mère, maternelle et aimante, sa sœur, Aïda, qui n’hésite pas à lui dire sans ambages ce qu’elle juge bon pour lui. Aznavour, lui n’entoure pas grand monde : il veut être le premier. Il affirme à Franck Sinatra qu’un jour il sera payé autant que lui… Il y parvient : c’est un bosseur, un forçat du travail, un perfectionniste qui fatigue son entourage, ses musiciens et ses amis, ce n’est pas vraiment un personnage sympathique dans la vie de tous les jours et il oublie les valeurs de la famille Aznavourian en se souciant avant tout de sa carrière, et de sa fortune. Mais l’œuvre est là et les chansons sont devenues des classiques intemporels. C’est un peu comme Picasso : l’homme n’est pas des plus sympathiques, les tableaux sont d’une grande valeur artistique. L’interprétation de Tahar Rahim est juste, parfois un peu forcée pour certaines mimiques aznavouriennes (c’est mon avis), et j’ai trouvé que l’interprétation de Piaf manquait de nuances (Marie-Julie Baup), mais c’est un film réussi et j’ai beaucoup aimé Hovnatan Avédikian dans le rôle de Mischa Aznavourian, le père, rayonnant et solaire. On croise aussi les célébrités de l’époque : Francis Blanche, Trénet, auquel Mischa sert de grandes rasades de vin en lui disant combien il l’admire, Bécaud, qui a le même souci des textes ciselés et des mots choisis en tant que parolier, Johnny, dans sa période « Yé-yé timide », « Franckie » Sinatra et bien d’autres.

    Dimanche 16 août

    On peut les appeler « les rescapées de la canicule » : quelques fleurs ont malgré tout résisté, et les pétunias inattendus se sont retrouvés ici ou là. Les cyclamens de Naples pointent leurs premières fleurs, et, en général, cela signifie la fin de l’été (ouf !)

    On trouve sur le site Accueil | Ellye des informations très utiles sur les « cancers du sang ». Je visionne un webinaire qui est consacré aux vacances quand on est immunodéprimé. Je ne suis pas concerné par les précautions à prendre en tant que salarié en arrêt de maladie, mais cela peut concerner certains d’entre vous. Il y a aussi d’autres conseils, très utiles, sur le fait de se protéger contre le soleil, les médicaments, les précautions alimentaires, les vaccins etc.

    En ce qui concerne la Crète, il est fermement déconseillé de boire l’eau du robinet. Elle est traitée, bien évidemment, mais contient certains micro-organismes auxquels nos systèmes immunitaires, même performants, ne sont pas habitués. Je vous laisse imaginer la tourista pour un immunodéprimé, qui peut se terminer par une hospitalisation, avec un rapatriement ! De même, il faut être prudent avec les fruits (privilégier ceux que l’on peut éplucher, ou renoncer) et avec les charcuteries ou fromages d’origine artisanale (mince alors pour la féta à déguster dans une exploitation de montagne). Il vaut mieux également éviter les viandes peu cuites ou les poissons et crustacés si on a des doutes (de toute façon, si j’avais un « doute », même en France je ne les consommerais pas). Ceci dit, je n’irai pas consommer des huîtres en Crète (je ne sais même pas s’ils en ont) ou un tartare de poisson, ou de bœuf.

    Le 3 septembre, lorsque j’aurai la nouvelle ordonnance, je demanderai à ChatGPT de la traduire en Anglais et en Grec, avec les noms équivalents des médicaments, j’espère qu’il me fera ça sans entourloupe, mais je ferai quelques vérifications tout de même. Je pourrais demander à Doc Sylvie de le faire, mais j’imagine déjà la réponse et je ne veux pas la mettre de mauvaise humeur !

    Je doute que vous ayez la patience de tout regarder, mais, si un jour vous avec besoin de retrouver le lien pour quelqu’un de votre entourage qui serait concerné, eh bien c’est ici. On trouve aussi sur le site Ellye des informations très bien faites et fiables.

    Replay webinaire « Comment se préparer pour les vacances lorqu’on est immunodéprimé » | Ellye

    Lundi 17 août

    Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous les « bonnes » nouvelles de la rentrée. D’abord, on a l’assurance maladie : les caisses sont vides, il faut donc demander un effort… Et à qui ? Aux malades, évidemment !

    Vous devrez donc vous attendre à un doublement des franchises médicales : elles étaient limitées à 50€ par an, ce sera désormais 100€, pour la participation forfaitaire (médicaments, actes médicaux, y compris radiologiques et biologiques) ce sera la même chose : de 50€ à 100€. Pour information, les patients en ALD (cancers, maladies chroniques etc) sont soumis à ces prélèvements. On arrivera donc très rapidement à 200€. Il paraît que certains ne paient jamais ces participations et franchises, et que cela met l’équilibre de la Sécu en péril. Donc, en toute logique, on demande aux autres de payer pour eux. Cherchez l’erreur. Alors, sur un salaire (ou une retraite) confortable, cela paraîtra moins douloureux que sur un petit salaire… eh oui, ces sommes ne tiennent pas compte des revenus. Comme cela sera insuffisant, on songe à moins rembourser certains médicaments (ceux qui concerne les maladies chroniques, par exemple), est-on vraiment certain de la pertinence de moins bien rembourser l’insuline, ou le Levothyrox, ou les chimios, ou les antiépileptiques ? (C’est tellement couteux, ces chimios, et ces traitements ils n’ont qu’à faire attention, tous ces cancéreux et ces malades chroniques, enfin quoi ?)

    On parle du « renoncement aux soins » (j’avais travaillé, dans mes dernières années à la Direction académique, sur le renoncement aux aides sociales avec mes copines de la préfecture) : ces renoncements concernent de plus en plus de personnes, jeunes, moins jeunes, actifs ou retraités qui consulteront moins souvent, et prendront plus de risques, ou qui n’iront pas chez le dentiste ou l’ophtalmo. Et pendant ce temps, celles et ceux qui ne paient pas les franchises et les participations continueront à ne pas les payer. Il suffirait de les prélever à la source, mettons une fois par trimestre… Visiblement, personne n’y a sérieusement songé, et on préfère refiler le bébé aux mutuelles qui augmenteront leurs cotisations. Ah tiens, si j’étais président !

    Les franchises médicales risquent d’augmenter et les remboursements baisser – Actualité – Que Choisir Ensemble

    Une autre bonne nouvelle va faire quelques remous à l’Assemblée nationale : la désindexation des retraites sur l’inflation est au programme. Alors, ce serait « progressif » : un taux pour les retraites moyennes, un autre pour les retraites « aisées », et on ne changerait rien pour les « petites retraites ». Le Conseil constitutionnel risque de retoquer la mesure, qui serait considérée comme anticonstitutionnelle. Bon, alors que faire ? J’ai bien une solution (ah, si j’étais président !) : il n’y a qu’à arrêter de rembourser les médicaments de tous ces vieux boomers qui encombrent la société et les EHPAD, ainsi, ils dégageront plus vite. D’ailleurs, on serait bien avisé de leur verser à la retraite une somme forfaitaire avec un certain nombre de mois pris en compte, par exemple 120 mois : « Ah, mon pauvre vieux (ou ma pauvre vieille), vous avez dépensé tout votre forfait… c’est ballot, l’état ne peut plus rien pour vous ! Les aides sont réservées aux actifs, enfin à certains, enfin à ceux qui ont le culot de les demander… et qui devront les rembourser à la retraite. Vous avez essayé de jouer au Loto ? »

    Vous voyez que j’ai des idées : votez pour moi !

    Mardi 18 août

    Je ne suis pas en pleine forme : la douleur au niveau du rein droit est devenue insupportable hier dans la soirée. Je n’ai pas réussi à m’endormir, malgré la température agréable de la chambre au sous-sol, et je me suis relevé un peu après minuit pour prendre un doliprane. Je n’ai pas de fièvre, mais j’ai cherché à soulager la douleur. Je me suis recouché après avoir attendu que le « dragibus » fasse son effet, et j’ai réussi à redormir jusqu’à 5 h 30. Là, j’ai été réveillé par une crise assez violente. J’ai expliqué à Michel que c’est comme une rage de dents, mais au niveau du rein. Je pense que vous avez deviné la suite : j’ai contacté le service post-greffe ce matin. L’infirmière m’a expliqué que c’était la bousculade en raison d’un nombre important de consultations, mais on va me rappeler dans la journée. En attendant, je gère comme je peux et je me tortille dans mon fauteuil en essayant de trouver la position la moins pénible. Voilà, voilà… J’entends d’ici certains commentaires : « Mais pourquoi cherche-t-il toujours à se faire remarquer ? »

    Parmi les hypothèses on a pêle-mêle : une récidive de la pyélonéphrite (même avec l’absence de fièvre), un calcul en partie « haute », une inflammation locale du rein et d’autres possibilités sans doute. J’attends la décision de Doc Sylvie lorsqu’elle aura le temps de s’occuper de mon cas.

    Petite réactualisation : j’ai eu l’infirmière « post-greffe » au téléphone, qui m’a envoyé par mail une ordonnance pour prise de sang et ECBU et m’a dit que Doc Sylvie attendait les résultats avant de décider de me revoir ou de programmer d’autres examens. L’ECBU prend 4 jours s’il y a une mise en culture, j’ai le temps de danser la gigue irlandaise avec un tempo d’enfer. Bon, je vous rassure, la douleur est moins aigüe que ce matin, à condition que je ne bouge pas. La dame de l’accueil au labo m’a dit « Oh là là, je vois bien que vous souffrez… » Même remarque de la part de l’infirmière qui a fait le prélèvement « On sait que ça fait très mal ». Allez, ce n’est pas pire qu’un accouchement, quand-même. Et là, je vous entends dire, mesdames, « Comment tu le sais ? Tu n’as jamais accouché ! » Bon, mes références ce sont : en premier, la pose du drain lorsque j’avais fait mon pneumothorax, car je ne suis pas en train de hurler, en deuxième, mais presque exæquo, la douleur du pneumothorax quand il s’était produit, en troisième, la rage de dents de 2003 où un staphylocoque chopé à la piscine était passé par le sinus pour infecter une racine de prémolaire, et donc, au pied du podium, cette fichue douleur rénale qui est lancinante et parfois aigüe, mais qui s’estompe un peu par moments (le rein est moins « sous pression » indique l’IA), c’est une douleur plus fourbe. Si j’étais vraiment au plus mal, je n’écrirais pas ici. CQFD.

    Mercredi 19 août

    La journée est presque automnale, avec une grisaille matinale et fraîche, un peu de soleil, et de nouveau un ciel couvert et du vent. Rien de neuf du côté du labo, mais comme je suis allé me faire prélever mon précieux sang hier après-midi, je m’en doutais un peu. On verra demain s’il y a du nouveau.

    Du côté du rein droit, ce sont parfois des douleurs lancinantes, parfois cela se calme. J’évite de boire beaucoup à la fois pour éviter la surpression douloureuse. J’ai pris un doliprane ce matin, cela m’a permis de récupérer un peu après un épisode nocturne un peu douloureux (un peu beaucoup). J’ai laissé Michel dormir tranquille au sous-sol et je suis remonté pour lire un peu sur l’ordinateur, j’ai ensuite pu dormir jusqu’à 6 h 30. Je n’ai pas d’autre symptômes : ni fièvre, ni douleurs urinaires ou au niveau de la vessie, juste cette douleur qui irradie du rein droit au flanc, et qui est plus gênante lorsque je suis allongé ou assis que debout. Bref, des trucs de vieux. Ah, j’avais oublié dans les douleurs dont je me serais bien passé, l’épisode « ponction médullaire ratée » avec, dans le premier rôle, Cruchotte (vous vous souvenez de cet épisode, juste avant la greffe ?) et l’épisode ponction hépatique qui n’a vraiment pas été une partie de plaisir !

    Tiens, je vous remets l’épisode « Cruchotte » pour le plaisir :

    I’m back again… – Greffe de moelle osseuse

    Jeudi 20 août

    Les résultats du labo sont arrivés ce matin, et je ne suis pas vraiment avancé : l’ECBU est négatif, il n’y a donc pas d’infection urinaire. Je m’en doutais, car je n’ai pas de fièvre. Le reste de l’analyse (succincte) montre une moelle osseuse en forme, qui fabrique des globules rouges à gogo et des globules blancs également, avec un petit surplus de neutrophiles qui peut être lié à la douleur que je ressens.

    Alors, parlons-en un peu, sans dramatiser. Oui, c’est douloureux, un peu comme une rage de dents, et c’est plus vif quand je suis assis ou allongé que quand je suis debout. Le rein ne supporte pas les pressions, cela peut vouloir dire que le problème vient de l’enveloppe rénale (la capsule) ou en tout cas que c’est à ce niveau « haut » que le problème se situe. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un calcul, ça se verrait avec une diminution du volume urinaire, et il est « normal ». D’après l’I.A, il peut y avoir un problème fongique, avec un champignon opportuniste qui se serait installé, voire d’un des deux dragons-virus qui profiterait de l’occasion (organe fragilisé) pour mettre la pagaille ou, plus simplement, une obstruction partielle. J’ai eu l’infirmière du service post-greffe, je lui ai envoyé à sa demande l’analyse et j’ai fait un récapitulatif des symptômes pour qu’elle transmette le tout à Doc Sylvie. Je sais qu’elle prendra le temps de réfléchir à tout ça après les consultations et qu’elle me communiquera la suite envisagée. Le fait que les douleurs nocturnes soient capables de me réveiller traduit une douleur inhabituelle avec, le plus souvent, un caractère d’urgence. Suite au prochain épisode, comme on dit dans ces cas-là.

    15 août 2026

  • La vie après la greffe, 13 août 2026

    Week-end des 8 et 9 août

    Nous sommes rentrés, en fin de matinée, après un trajet sans problème. Nous nous sommes arrêtés au supermarché de Chemillé pour faire les courses et nous avons pu reprendre notre vie tranquille.

    Mais revenons sur la journée de vendredi (donc hier, puisque je commence l’article le samedi 8 août).

    Le matin, nous avons pris notre temps avant d’aller chercher des sandwichs dans une boulangerie en prévision du pique-nique du midi (certes moins riche que celui servi par Sébastien du Petit Thouars) et nous sommes allés à l’office du tourisme où nous avions rendez-vous avec Marie Pierre Terrien, guide et spécialiste de l’histoire locale, que ce soit la ville, le cardinal ou Saint Vincent de Paul dont je reparlerai. Marie Pierre Terrien a écrit plusieurs ouvrages (on a acheté deux de ses livres l’après-midi) et c’est une passionnée, qui a su nous captiver en racontant à la fois l’histoire de la ville, son évolution à travers les siècles et l’importance de ces deux illustres personnages, Armand André du Plessis, cardinal de Richelieu, et Vincent de Paul, que l’on connaît désormais sous le nom de Saint Vincent de Paul. Le cardinal, fin stratège, comme on le sait déjà, pensait qu’il valait mieux agir avec douceur et persuasion pour convertir les « huguenots » (protestants, calvinistes, etc.) et il a fait appel à une personne, absolument remarquable, Vincent de Paul. Alors, j’avais des souvenirs lointains de catéchisme, et je savais que ce saint homme était réputé pour avoir appliqué avec ferveur les préceptes chrétiens, en aidant les pauvres. Mes connaissances s’arrêtaient là, loin de couvrir tous les actes accomplis par Vincent de Paul. Frappé par la misère sociale et culturelle qui régnait dans les campagnes, là où les prêtres avaient déserté, parce qu’on les payait peu ou pas du tout, il partageait la même conviction que le cardinal : les prêtres devaient revenir, et, surtout, être des modèles de vertu et de simplicité, pour reconquérir des terres où l’hérésie protestante prospérait, et, pour attirer les prêtres, il fallait répartir équitablement les biens dans les différentes paroisses. La ville de Richelieu était en Poitou, et la ville de Loudun, par exemple, était un bastion protestant. Vincent de Paul, tout comme le cardinal, était persuadé qu’il fallait éduquer les enfants pauvres, garçons et filles, pour les hisser vers la spiritualité en leur donnant les clés du savoir, et qu’il ne fallait pas s’opposer aux protestants, mais parler avec eux, avec douceur et persuasion, pour les ramener au bercail catholique. Avouez qu’on est loin de la caricature en ce qui concerne Richelieu et qu’il savait choisir ses hommes. Le même Richelieu, soucieux du confort des habitants de sa future cité idéale, avait fait installer un très ingénieux réseau d’eau potable, qui alimentait le château, mais aussi les cinq fontaines de la ville. Et, pour l’époque, c’était un luxe fort apprécié dont les Parisiens ne disposaient même pas. Tout en cheminant, et en nous racontant l’histoire de l’évolution de la ville, après avoir évoqué Vincent de Paul à l’église, Marie-Pierre Terrien nous a fait découvrir des lieux que nous n’aurions pu voir seuls : l’envers du décor, l’arrière des hôtels particuliers, avec ces charmants espaces que cachent les portes cochères fermées.

    Voici quelques photos prises pendant notre déambulation guidée (les dernières photos montrent la cour de l’espace Richelieu, et, pour l’anecdote, l’acteur Gérard Klein avait été propriétaire de l’hôtel particulier).

    Après notre pique-nique dans le parc, nous avons eu besoin d’une bonne sieste réparatrice et nous sommes ressortis pour acheter deux ouvrages de Marie-Pierre Terrien à l’office du tourisme, non sans avoir échangé sur notre programme de visites avec une des hôtesses. Le personnel est vraiment compétent, sympathique et nous étions déjà considérés comme étant deux habitués. Nous avons ensuite fait quelques repérages sur la place où de grandes tablées étaient installées, avec différents traiteurs qui allaient proposer des plats traditionnels (fouaces, fromages, vins de la région, etc.) et des propositions plus exotiques. Nous sommes redescendus de notre chambre à 19 h 20, la place était déjà bien animée. Nous avons opté pour deux andouillettes grillées avec frites et une demi-tomate à la provençale, le tout accompagné d’un verre de chinon rosé. En dessert, nous avons eu envie d’une glace à l’italienne. Nous étions à côté de deux dames, très sympathiques et communicantes, et ce fut un moment très agréable. Le tout se poursuivait par une animation dansante, mais nous avons préféré déguster une bière à la terrasse de notre hôtel, avant de remonter dans notre chambre. C’était une excellente façon de clore notre séjour.

    Voici le lien qui vous permet de connaître l’activité de Marie-Pierre Terrien :

    Marie-Pierre TERRIEN — Historienne, Docteur en Histoire

    Vous pouvez aussi approfondir votre connaissance de deux personnages importants : le cardinal de Richelieu et Vincent de Paul.

    Le cardinal de Richelieu (1585-1642) — Marie-Pierre TERRIEN

    Vincent de Paul à Richelieu — Marie-Pierre TERRIEN

    Dimanche 9 août

    Revenons un peu au médical et à ces dragons virus qui se réactivent régulièrement, ce qui implique une surveillance rapprochée. J’ai soumis à l’I.A un article lu en ligne et je lui ai demandé de faire le lien entre mon épisode COVID sévère, en 2022, et la réactivation des virus après la greffe.

    Et si le COVID avait réveillé d’autres virus ?

    Lorsque j’ai lu récemment qu’une étude publiée dans Nature mettait en évidence la réactivation de plusieurs virus « dormants » chez des patients atteints de COVID-19, j’ai forcément été interpellé.

    Je fais partie de ces personnes pour lesquelles le COVID n’a pas été une simple mauvaise grippe. L’infection avait été particulièrement sévère au premier trimestre 2022 : passage en réanimation, longue hospitalisation, puis pneumothorax. À l’époque, évidemment, l’objectif était surtout de sortir de cette période critique. On ne se demandait pas encore ce que cette infection pouvait avoir provoqué dans le fonctionnement du système immunitaire à plus long terme.

    Or une nouvelle étude apporte aujourd’hui un élément de réflexion intéressant.

    Les chercheurs ont suivi 1 154 personnes hospitalisées pour COVID-19 et ont recherché, pendant la phase aiguë puis durant l’année suivante, la présence de différents virus. Ils ont notamment observé des signes de réactivation de virus appartenant à la famille des Herpesviridae, dont font partie l’EBV (virus d’Epstein-Barr) et le CMV (cytomégalovirus).

    Ces virus sont particuliers : une fois que nous les avons rencontrés, ils peuvent rester dans notre organisme pendant des années, voire toute notre vie, sous une forme latente. Le système immunitaire les maintient normalement sous contrôle. Mais lorsque celui-ci est fortement perturbé — par une infection sévère, une inflammation importante, certains traitements ou une immunodépression — ils peuvent reprendre une activité.

    C’est précisément ce que semble montrer cette étude avec le COVID.

    Les réactivations virales étaient associées à une plus grande sévérité de la maladie et à certaines modifications importantes de la réponse immunitaire. Le phénomène ne concernait d’ailleurs pas uniquement des personnes déjà immunodéprimées.

    Autrement dit, un COVID sévère pourrait provoquer un véritable « tremblement de terre » immunologique, suffisamment important pour permettre à certains virus jusque-là silencieux de refaire surface.

    EBV et CMV : simples témoins ou véritables acteurs ?

    C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.

    Il serait tentant de conclure que le COVID réactive l’EBV ou le CMV et que ces virus sont ensuite responsables des complications. Mais la science n’en est pas encore là.

    Les études montrent essentiellement une association.

    On peut donc imaginer plusieurs scénarios. Le COVID sévère pourrait perturber suffisamment le système immunitaire pour permettre la réactivation de virus latents. Ces réactivations pourraient ensuite être simplement le reflet de la gravité de l’agression initiale.

    Mais une autre possibilité est qu’une fois réactivés, certains de ces virus participent à leur tour à l’inflammation et au dérèglement immunitaire, créant une sorte de cercle vicieux.

    C’est cette deuxième hypothèse qui mérite désormais d’être étudiée.

    Une grande revue de la littérature publiée en 2023 avait déjà retrouvé, dans les études disponibles, des taux de réactivation particulièrement importants pour l’EBV et le CMV chez les patients atteints de COVID, surtout dans les formes sévères. Les estimations regroupées étaient d’environ 45 % pour l’EBV et 19 % pour le CMV, avec cependant une très forte hétérogénéité entre les études.

    D’autres travaux menés chez des patients en réanimation ont également retrouvé des réactivations du CMV et les ont associées à une durée plus longue de ventilation ou d’hospitalisation. Là encore, cela ne permet pas de savoir si le CMV aggrave directement la situation ou s’il profite simplement d’un organisme déjà très affaibli.

    Et après le COVID ?

    La nouvelle étude publiée dans Nature va un peu plus loin puisqu’elle a suivi les patients pendant douze mois. Les chercheurs ont retrouvé des signes de réactivation virale non seulement pendant la phase aiguë du COVID, mais également chez certains patients présentant des symptômes persistants.

    Cela rejoint une hypothèse déjà explorée depuis plusieurs années : la réactivation de l’EBV pourrait participer, chez certaines personnes, aux mécanismes du COVID long. Des travaux antérieurs avaient notamment retrouvé une association entre certains marqueurs de l’EBV et le risque de développer des symptômes persistants.

    Mais là encore, prudence : association ne signifie pas causalité.

    Il serait beaucoup trop simple de dire « le COVID long est provoqué par l’EBV ». La réalité semble probablement beaucoup plus complexe, avec plusieurs mécanismes possibles qui peuvent se combiner : persistance de fragments ou de réservoirs viraux, inflammation, dérèglement immunitaire, auto-immunité et réactivation de virus latents.

    Pourquoi cela me fait réfléchir

    Dans mon cas, cette question prend forcément une résonance particulière.

    J’ai connu un COVID suffisamment violent pour nécessiter la réanimation, une longue hospitalisation et, ensuite, un pneumothorax. Puis, beaucoup plus tard, j’ai été confronté à des problèmes immunitaires et à la surveillance de virus comme l’EBV et le CMV.

    Je ne peux évidemment pas en déduire que le COVID est à l’origine de ce qui m’arrive aujourd’hui. Des années ont passé, et ma situation médicale comporte bien d’autres facteurs susceptibles d’expliquer les réactivations virales.

    Mais ces nouvelles recherches rendent une chose de plus en plus claire : une infection virale sévère ne se résume pas toujours à la présence du virus qui l’a provoquée. Elle peut profondément modifier l’équilibre du système immunitaire et, dans certaines circonstances, permettre à d’autres virus présents depuis longtemps dans l’organisme de reprendre une activité.

    C’est peut-être l’une des clés pour comprendre certaines formes particulièrement complexes de l’après-COVID.

    La question reste ouverte : ces virus réactivés sont-ils uniquement les témoins d’un système immunitaire bouleversé, ou deviennent-ils eux-mêmes des acteurs de la maladie ?

    Pour l’instant, les chercheurs ne peuvent pas encore trancher. Mais le fait que cette question soit désormais étudiée sur des cohortes importantes, avec un suivi dans le temps et des analyses immunologiques de plus en plus précises, est plutôt encourageant.

    Et pour ceux qui, comme moi, ont connu un COVID particulièrement sévère, cela donne une raison supplémentaire de s’intéresser à ce qui se passe dans l’organisme bien après que le test PCR est redevenu négatif.

    Une histoire immunitaire en plusieurs étapes

    Avant le COVID : la LLC et la chimiothérapie

    Au moment où j’ai contracté le COVID, mon système immunitaire n’était déjà pas celui d’une personne en bonne santé. J’étais atteint d’une LLC et je suivais un traitement par FCR : fludarabine, Endoxan (cyclophosphamide) et rituximab.

    Ces traitements peuvent provoquer une immunodépression importante, notamment en diminuant certaines populations de lymphocytes T et B. Or ce sont précisément ces cellules qui participent au contrôle de plusieurs virus capables de rester silencieux dans l’organisme.

    Puis survient le COVID sévère

    Dans ce contexte déjà fragilisé, j’ai contracté un COVID particulièrement sévère, avec passage en réanimation, une longue hospitalisation et, par la suite, un pneumothorax.

    On sait désormais que les formes sévères de COVID peuvent elles-mêmes provoquer un profond bouleversement de la réponse immunitaire et s’accompagner de réactivations de virus latents, notamment des herpèsvirus comme l’EBV et le CMV.

    Dans mon cas, il est donc plausible que le COVID ait constitué un stress immunitaire supplémentaire venant s’ajouter à celui de la LLC et de la chimiothérapie.

    2023 : un zona particulièrement important

    L’apparition, en 2023, d’un zona très étendu et particulièrement douloureux constitue un autre élément de cette histoire.

    Le virus responsable du zona, le VZV (virus varicelle-zona), reste lui aussi latent dans l’organisme après la première infection. Sa réactivation est favorisée par une diminution de l’immunité cellulaire.

    Le zona ne permet évidemment pas, à lui seul, de déterminer ce qui s’est passé immunologiquement pendant mon COVID. Mais, replacé dans le contexte de la LLC et du traitement FCR, il témoigne d’une période où le contrôle des virus latents pouvait être particulièrement difficile.

    Plus tard : EBV et CMV

    Les années suivantes, ce sont l’EBV et le CMV qui sont devenus des virus particulièrement surveillés, quelques mois après la greffe de cellules souches effectuée le 6 février 2025.

    Là encore, il serait abusif de dire que le COVID de l’époque a directement provoqué les réactivations observées beaucoup plus tard. De nombreux facteurs sont intervenus entre-temps, et mon histoire médicale a considérablement évolué.

    Mais l’ensemble dessine une hypothèse biologiquement cohérente :

    LLC
    ↓
    immunité déjà altérée
    ↓
    traitement FCR : forte perturbation de l’immunité T et B
    ↓
    COVID sévère : nouvelle agression immunitaire majeure
    ↓
    difficulté accrue à maintenir certains virus latents sous contrôle
    ↓
    réactivation possible du VZV, puis surveillance/réactivation de l’EBV et du CMV

    Il ne s’agit pas de démontrer que chaque étape est la cause de la suivante. C’est plutôt une manière de comprendre comment plusieurs facteurs immunologiques successifs ont pu se superposer.

    Et c’est précisément ce qui rend les recherches actuelles sur les réactivations virales après COVID particulièrement intéressantes dans mon cas : elles apportent un cadre biologique à une question que je n’aurais probablement pas pensé à me poser au moment où je sortais de réanimation.

    Une hypothèse, donc, plutôt qu’une conclusion. Mais une hypothèse qui mérite d’être étudiée.

    Virus reactivation in acute and long COVID-19 | Nature

    Voilà… en conclusion, on peut dire que l’on sait qu’il existe une corrélation entre COVID 19 et réactivation EBV et CMV (entre autres), mais on ne connaît pas encore suffisamment le mécanisme qui favorise l’agitation immunitaire. On y parviendra un jour, certainement, et cela permettra peut-être d’agir dès les premiers symptômes. En attendant, je dois rester sous surveillance rapprochée, encore heureux que je sois en suivi post-greffe avec une surveillance systématique de ces deux virus. En ce qui concerne le zona, virus VZV (varicelle), il est hors de question de vaccin pour le moment, ce serait beaucoup trop risqué et ce n’est donc pas d’actualité avait précisé Doc Sylvie.

    Tiens, je viens de trouver cela : la reconversion professionnelle de Sébastien Aubert du Petit Thouars, qui nous a si gentiment accueillis pour la visite du domaine viticole et pour le pique-nique, j’ai d’ailleurs eu un échange de mails avec Sébastien du Petit Thouars que j’avais remercié pour son accueil et qui m’a très gentiment répondu :

    Lundi 10 août

    La semaine s’annonce encore caniculaire, très chaude, trop chaude. Ce n’est plus une planète, c’est un chaudron et, pendant ce temps, les champs et les forêts brûlent.

    Mais, depuis hier, j’ai cette chanson en tête. Je me dis que si je partage le mistigri, l’un ou l’une d’entre vous va bien finir par prendre le relais :

    La belle voix de Raye, pour un réveil en douceur :

    Mardi 11 août

    Il fait chaud, et cela va durer encore quelques jours. Inutile de vous dire que je vais éviter de sortir pendant la journée. Mon tour de jardin est fait, avec une nouveauté désagréable : les moustiques qui s’invitent en masse. Cet été ne nous épargnera rien. Pendant ce temps, la forêt brûle du côté de Baugé, et les moyens mobilisés sont importants, tout comme l’est l’incendie.

    À propos de soleil, je me suis dit qu’un rappel des précautions à prendre ne serait pas inutile. On lit des commentaires affligeants sur les réseaux sociaux, du style « le bronzage protège la peau ». Le bronzage n’est qu’une manifestation visible d’une peau qui réagit au soleil, et il ne protège rien.

    Soleil : se protéger aujourd’hui, c’est aussi penser à demain

    Pendant longtemps, comme beaucoup de personnes de ma génération, je n’ai pas vraiment considéré le soleil comme un risque. Quand nous étions enfants et adolescents, la prévention solaire n’avait pas la place qu’elle occupe aujourd’hui. Les vacances, la plage, les après-midi dehors… on profitait du soleil, parfois jusqu’au coup de soleil, sans nécessairement se poser beaucoup de questions.

    Avec le recul, on sait pourtant que la peau « garde en mémoire » une partie des agressions qu’elle a subies au cours de la vie. Les rayonnements ultraviolets (UV) endommagent l’ADN des cellules cutanées. Les UVB sont notamment responsables des coups de soleil, tandis que les UVA pénètrent plus profondément dans la peau et participent entre autres au photovieillissement. Les deux types de rayonnement peuvent contribuer aux cancers cutanés.

    Mon expérience personnelle m’a fait changer de regard

    Ce sujet n’est pas tout à fait théorique pour moi.

    J’ai été opéré de deux carcinomes infiltrants et je bénéficie désormais d’un suivi régulier en dermatologie. Il serait évidemment impossible d’attribuer ces cancers à une cause unique. Dans mon cas, plusieurs facteurs ont probablement pu se conjuguer : une exposition solaire importante au cours des premières années de ma vie, à une époque où la prévention était beaucoup moins présente, mais aussi une immunodépression survenue bien plus tard, liée à ma maladie et aux traitements que j’ai reçus.

    Il ne s’agit donc pas de dire : « le soleil est responsable de mes carcinomes ». Ce serait impossible à démontrer individuellement. Mais il est établi que les UV constituent le principal facteur environnemental des cancers de la peau, et que certaines situations d’immunosuppression augmentent également le risque.

    Cette combinaison est d’ailleurs une raison supplémentaire, pour moi, de prendre aujourd’hui la prévention au sérieux.

    Le soleil n’est pas notre ennemi… mais les UV ne sont pas anodins

    Il ne s’agit évidemment pas de vivre enfermé dès qu’il fait beau. Les activités extérieures sont bénéfiques et le soleil participe notamment à la synthèse de la vitamine D.

    Le problème est la surexposition.

    Les UV peuvent provoquer des dommages immédiats, comme les coups de soleil, mais aussi des dommages qui s’accumulent au fil des années. L’exposition chronique est notamment associée aux carcinomes cutanés, tandis que les expositions intenses et intermittentes et les coups de soleil, particulièrement pendant l’enfance et l’adolescence, jouent un rôle important dans le risque de mélanome.

    Et contrairement à une idée encore répandue, bronzer n’est pas une preuve que la peau « supporte bien » le soleil. Le bronzage est une réaction de défense de la peau face aux UV, et il ne protège que très modestement contre leurs effets à long terme.

    Quelques réflexes simples

    La prévention ne consiste pas seulement à mettre de la crème solaire.

    Lorsque les UV sont importants, les recommandations reposent d’abord sur des mesures simples :

    • rechercher l’ombre, particulièrement autour du milieu de la journée ;
    • porter des vêtements couvrants lorsque c’est possible ;
    • utiliser un chapeau, notamment pour protéger le visage, les oreilles et le cou ;
    • porter des lunettes filtrant efficacement les UVA et les UVB ;
    • utiliser une crème solaire à large spectre sur les zones qui restent exposées.

    La crème solaire ne doit surtout pas être considérée comme un moyen de prolonger indéfiniment l’exposition. L’OMS recommande une protection dès que l’indice UV atteint 3 ou davantage. Et les nuages ne suffisent pas nécessairement à nous protéger : les UV peuvent rester importants par temps couvert.

    Une vigilance particulière s’impose également chez les enfants. Les coups de soleil durant l’enfance et l’adolescence sont associés à un risque accru de cancer cutané à l’âge adulte. C’est probablement l’un des messages de prévention que j’aurais aimé entendre davantage lorsque j’étais jeune.

    Les vêtements anti-UV : une protection à redécouvrir

    Parmi les moyens de protection, les vêtements anti-UV constituent aujourd’hui une solution particulièrement intéressante. Certains textiles sont conçus pour filtrer fortement les rayonnements ultraviolets et bénéficient d’un indice de protection spécifique, le UPF (Ultraviolet Protection Factor).

    C’est une solution que j’ai personnellement adoptée. J’ai investi dans plusieurs vêtements anti-UV et je trouve intéressant de constater les progrès réalisés par ces textiles : ils permettent de protéger efficacement une grande partie du corps sans avoir à appliquer de crème solaire partout et sans empêcher de profiter des activités extérieures.

    Pour une exposition prolongée, un vêtement couvrant, un chapeau et des lunettes de soleil constituent donc une protection particulièrement simple. La crème solaire reste utile pour les zones découvertes, mais elle ne devrait pas être notre unique moyen de défense contre les UV.

    Il faut néanmoins regarder l’étiquette : tous les vêtements ne protègent pas de la même manière et un vêtement ordinaire peut laisser passer une quantité non négligeable d’UV, notamment lorsqu’il est léger ou mouillé. Pour les vêtements spécifiquement conçus pour la protection solaire, on peut rechercher la mention UPF 30, 40 ou 50+, selon le niveau de protection annoncé.

    Et après un cancer cutané ?

    Mon propre parcours m’a aussi appris quelque chose de très simple : la prévention ne s’arrête pas après une opération.

    Le suivi dermatologique permet de surveiller la peau et de repérer d’éventuelles nouvelles lésions. Il ne remplace évidemment pas les précautions quotidiennes, pas plus que celles-ci ne remplacent une consultation lorsque quelque chose paraît inhabituel.

    Alors, sans culpabiliser pour les habitudes que nous pouvions avoir il y a plusieurs décennies — nous ne disposions tout simplement pas des mêmes informations — il me semble utile de transmettre aujourd’hui ce que nous savons.

    Nous ne pouvons pas modifier notre « capital soleil » passé.

    En revanche, nous pouvons éviter de continuer à l’augmenter inutilement.

    Et cela vaut particulièrement la peine d’y penser pour les enfants et les adolescents d’aujourd’hui.

    Pour aller plus loin

    Quelques sources fiables et accessibles au grand public :

    Organisation mondiale de la Santé – Rayonnement ultraviolet

    OMS – Les effets connus des UV sur la santé

    OMS – Se protéger du cancer cutané

    Société Française de Dermatologie – Dermato-Info

    Mercredi 12 août

    L’humanité court à sa perte, mais parfois je me dis en regardant les actualités que c’est certainement mieux ainsi. Hier soir, j’ai regardé le reportage tourné en Italie, qui relate l’esclavage subi par les travailleurs immigrés et qui est dirigé par la mafia des tomates. Comment peut-on tomber aussi bas pour exploiter comme au bon vieux temps des négriers des hommes vulnérables qui n’ont aucun moyen de se défendre ? Après, il est facile de critiquer l’Espagne et sa gestion de l’enclave de Ceuta. Comment dit-on déjà ? Ah oui : « balayer devant sa porte ».

    https://www.franceinfo.fr/monde/italie/ce-sont-des-esclavagistes-en-italie-la-mafia-de-la-tomate-s-enrichit-a-la-sueur-des-travailleurs-etrangers_8143718.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Un peu plus tôt, j’avais vu le président U.S partir dans un délire dont il est coutumier, en comparant les doses de vaccins reçues par les enfants à des cannettes de soda. Le ridicule, dans son cas, ne tue pas, sinon il serait mort plusieurs fois. L’épidémie de rougeole s’étend de façon inquiétante dans son pays, et ce type explique, alors que tout le monde médical s’accorde à dire le contraire, que les vaccins sont à l’origine des syndromes autistiques. Je ne savais pas que le fait d’être président conférait à son titulaire l’équivalent d’une thèse de médecine.

    https://www.franceinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/trump-une-nouvelle-offensive-contre-les-vaccins-qui-fait-bondir-le-monde-de-la-medecine_8143703.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Lequel président a préféré se planquer dans un container alimentaire pour changer d’avion lors d’un sommet de l’OTAN, un épisode digne d’OSS 117 :

    https://www.huffingtonpost.fr/international/article/menace-par-l-iran-donald-trump-a-utilise-un-camion-de-restauration-pour-quitter-un-sommet-de-l-otan_303074.html

    Heureusement, nous avons ensuite regardé la fin de la 3e saison de « Happy Valley » et j’ai tremblé pour Catherine Cawood, merveilleusement interprétée par Sarah Lancashire. Tous les acteurs sont d’ailleurs excellents, y compris le psychopathe de service, l’effrayant Tommy Lee Royce, avec l’interprétation magistrale de Tom Norton. Regarder cette série ne réconcilie pas forcément avec la nature humaine, mais permet de constater que les séries britanniques sont excellentes. Je ne vous mets pas le lien, mais la série est visible en « replay » sur Arte. Alors, rien que pour ça, l’humanité mérite un petit sursis.

    Jeudi 13 août

    Nous avons regardé l’éclipse à la télé, et contemplé la lumière crépusculaire par la fenêtre. Il faisait 35° et, franchement, nous n’avions aucune envie de sortir. J’avais un meilleur souvenir de celle de 1999, partielle aussi puisque j’étais dans les Alpes de Haute Provence. Là, je garderai le souvenir d’une chaleur insupportable, d’un été éprouvant, d’un jardin en souffrance, et cela occultera certainement ce moment où la lumière baisse, sans jamais atteindre la nuit complète, ce que nos amis Espagnols ont eu la chance de vivre du coté de Burgos.

    Ah, j’ai oublié de vous dire que nous avons un nouvel invité dans le jardin, sur la partie gardée par Albert, le lézard vert (qui se planque quelque part), nous avons aussi Gaston, le hérisson. Il a régulièrement de l’eau le soir, et quelques croquettes pour chat que Michel humidifie. Pas trop à la fois car Gaston serait du genre gourmand, de plus, les chats du quartier flaireraient rapidement la bonne aubaine. Enfin, c’est un hôte bien sympathique et j’espère qu’il n’aura pas l’idée saugrenue de traverser la rue Cathelineau lorsque les véhicules, censés rouler à 30 km/h, déboulent à une vitesse bien supérieure, y compris le type qui conduit à vive allure un tracteur avec une remorque et fait un boucan d’enfer en passant sur le dos d’âne un peu plus haut. Cela ne le dérange pas, de toute façon il n’y a jamais aucun contrôle : la vie est belle. D’autres passent vers 6 h du matin, musique à fond. On a aussi ceux qui ponctuent leur passage en klaxonnant, parce qu’ils ont aperçu une connaissance sur le bord de la route, suivis de peu dans ce palmarès par les conducteurs de motos ou de scooters trafiqués aux moteurs stridents. Dans ces conditions, un chat imprudent ou un Gaston un peu lent ont toutes les chances de terminer écrabouillés sous les roues, mais peu importe : les kékés du volant vous diront qu’ils font ce qu’ils veulent, et ça, on l’avait déjà compris. Je ne parle pas des refus de priorités, car cela nous emmènerait dans un autre débat. Je sais, je suis un boomer un peu grognon, mais je déteste cette forme de délinquance routière et le manque de savoir-vivre qui se moque pas mal du ressenti d’autrui. Soit j’y suis plus sensible en vieillissant, soit cela devient de plus en plus fréquent.

    On va terminer en musique… Il paraît que cela adoucit les mœurs.

    8 août 2026

  • La vie après la greffe, 6 août 2026

    Vendredi 31 juillet

    Très bien, juillet se termine. On verra ce qu’août nous réserve : canicule ? Incendies ? Conflits dans le golfe persique ? Bien malin qui pourra le dire.

    J’ai commencé la journée de bonne heure, avec arrosage et un peu de désherbage. Puis j’ai fait un peu de ménage, silencieux. J’ai enchaîné avec quelques leçons de grec avant de m’attaquer au nettoyage du barbecue. Un petit temps de repos a permis de recharger les batteries avant de préparer le repas. J’ai vu que Doc Charlotte avait déjà rédigé le compte rendu de la visite d’hier, et qu’elle l’a bien intégré à « Mon espace santé ». Je suis satisfait du sérieux de cette dermatologue qui va assurer mon suivi. Le prochain rendez-vous est fixé au 28 janvier, sauf si la lésion traitée hier donne des signes d’aggravation. C’est là où le patient doit être actif. Je sollicite régulièrement Michel pour examiner le dos, et je vérifie de mon côté toute modification, notamment sur le visage et les oreilles, qui sont les zones les plus touchées. Je disais à Doc Charlotte : « Mais, je me protège » ce à quoi elle a répondu qu’on a là le résultat d’expositions pendant mon enfance. On faisait moins attention au soleil, on s’exposait sans forcément se protéger, même si j’ai toujours veillé à ne pas attraper de coups de soleil… Nous habitions l’île d’Yeu et les UV, même par temps couvert, étaient déjà très nocifs. Les marins étaient les premiers exposés, et développaient des mélanomes. Notre amie médecin, Aimée, tentait d’alerter sur le sujet en donnant des recommandations : « Protégez-vous, n’exposez pas vos bras, mettez de la crème solaire… » Cela faisait sourire ces grands gaillards qui ne voulaient pas entendre parler de protection solaire qu’ils assimilaient à des crèmes pour « bonnes femmes » en bons machos représentatifs de leur époque. Certains ont perdu rapidement leur sourire… hélas. Maintenant, tous les marins ont compris l’importance de ces messages. Se retrouver défiguré après une opération, enchaîner sur une chimio ou une radiothérapie fait forcément réfléchir. De même, les yeux doivent être protégés, avec de « vraies » lunettes de soleil.

    Si ce blog peut servir à quelque chose, je conseille aux parents de veiller à la santé de leurs gamins en les protégeant au maximum et en les sensibilisant au sujet. Même à l’ombre d’un parasol, sur la plage, le corps est exposé en raison de la réverbération. Pensez-y quand vous croyez que bébé est bien à l’ombre dans sa nacelle sous le parasol, et qu’il gigote jambes nues et bras nus dans sa grenouillère en gazouillant joyeusement.

    Week-end des 1er et 2 août

    Samedi 1er août

    Nous avons passé une excellente soirée hier soir. Les « jeunes » sont venus dîner et nous avons ensuite pris la direction du château de Serrant pour une visite théâtralisée.

    Notre acteur « local », mais bientôt mondialement connu, Olivier Jollivet, met en scène le spectacle qui réunit plusieurs troupes d’acteurs amateurs et intervient au cours du spectacle. Avec sa machine à explorer le temps, il nous plonge dans des époques différentes. Cette année, le savant « fou » a détraqué la machine et les époques se mélangent, allant du 17e jusqu’au 20e siècle. Le tout permet de déambuler dans le château et d’être accueilli par les différents protagonistes de ces scènes, en costumes d’époque, tous très drôles et avec une maîtrise parfaite de leurs rôles. On a terminé dans les cuisines où je me suis fait embaucher pour nettoyer une casserole en cuivre… le majordome n’était pas commode et la gouvernante non plus !

    Voici le lien du site du château :

    Château de Serrant : château Anjou, visiter, Domaine

    J’ai pris quelques photos, mais celles à l’intérieur manquent de lumière et je n’ai pas voulu utiliser le flash, donc c’est flou.

    Dimanche 2 août

    Vous savez quoi ? J’ai fait une nuit presque complète, sans période de « parenthèse nocturne » et cela fait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. La diminution de Dame Cortisone doit y être pour quelque chose. Bon, je me suis levé à 7 h, j’ai démarré la journée par les cours de grec, ensuite, après le petit-déjeuner, j’ai nettoyé le barbecue et j’ai lu ce qui se passait dans le monde. Pour la énième fois, Trump a choisi d’épargner l’Iran après avoir menacé de l’écrabouiller plus tôt dans la nuit…

    Je réfléchissais aussi à ce que l’on m’a dit plusieurs fois ces derniers jours, alors que je sors de la zone de turbulence avec la guérison de la pyélonéphrite : « Au moins, tu gardes le moral et tu ne te laisses pas abattre ». Je pense que c’est partiellement vrai, on ne voit pas toujours la partie cachée de l’iceberg. Globalement, je refuse d’être dans la complainte permanente et vaine, sur le mode « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Etc. Ce sont des questionnements inutiles qui ne font pas avancer dans la vie. Personne ne « mérite » d’être malade ou d’avoir une santé fragile. Si le mode de vie y est pour quelque chose, il est un des facteurs de l’évolution d’une maladie, mais ce qui est fait est fait et il faut bien vivre avec ses pathologies. J’emploie « vivre » à dessein. Être malade, avoir une chimio, subir une opération lourde ou avoir un traitement à vie ne doit pas empêcher d’avoir des projets, sinon on s’enferme sur soi-même et on enferme aussi son entourage dans une spirale négative. Il y a les projets « raisonnables », à court et moyen terme, que l’on est quasiment sûr de mener jusqu’au bout, et les projets à plus long terme, souvent avec un grand point d’interrogation qui nous fait dire intérieurement : « Mais est-ce que je serai encore là dans un an ? Dans deux ans ? » Peu importe. N’importe qui peut mourir bêtement, renversé par un véhicule ou victime d’une chute sur un sentier de randonnée. Ces personnes avaient-elles abandonné leurs projets avant de mourir ? Non, parce qu’elles ne savaient pas que la date fatidique était si proche. Pour les malades, on a des statistiques qui donnent une espérance de vie, parfois courte. C’est une moyenne, pas une certitude absolue. Ces statistiques évoluent considérablement d’une étude à l’autre… et, parfois, les nouveaux traitements ne permettent pas d’avoir le recul nécessaire pour que l’évaluation du « reste à vivre » soit pertinente. Il faut donc faire abstraction de tout ça. Cela n’empêche pas les alertes sérieuses, les moments où on a senti que la vie ne tenait qu’à un fil ténu et fragile. J’en sais quelque chose, puisque je suis un peu le spécialiste des coups tordus et des urgences médicales. Si j’avais attendu 24 h de plus avant d’alerter le service hématologie de mon état pendant la pyélonéphrite, je risquais la septicémie. Mais avec des « si » et des hypothèses catastrophiques, on peut imaginer le pire à chaque alerte. Il faut savoir aussi garder la tête froide (pas facile avec près de 40° de fièvre) et réagir au bon moment. C’est plus facile quand l’accompagnant est solide et attentif et quand il connaît bien l’énergumène qu’il doit surveiller. Cela n’empêche pas, et c’est humain, il faut l’accepter, que l’on puisse paniquer en disant « Cette fois, je ne vais pas m’en sortir. » Mais cela ne doit pas être un état de stress permanent. Bien se connaître permet d’anticiper. Je sais que les tremblements précèdent une poussée de fièvre, je sais aussi que je peux très rapidement passer de 37 à 39, cela en 60 minutes. Je me connais suffisamment pour savoir que la fièvre peut disparaître en journée et monter brutalement le soir, et que ce n’est pas un signe négligeable. En dehors de ces alertes, de ces urgences absolues, je ne vois pas pourquoi je passerais ma vie à me morfondre, je n’en vois aucune raison. Je bénéficie de soins appropriés, dispensés par un service hématologie remarquable, réactif et prompt à prendre les décisions qui s’imposent quand quelque chose le nécessite. J’évolue donc dans un milieu sécurisant qui permet de garder une forme de sérénité, ce qui n’empêche pas d’être vigilant, en ne négligeant pas les premiers symptômes qui peuvent survenir. Voilà, c’était un peu long, mais cela permet de comprendre pourquoi je garde « la pêche ».

    Lundi 3 août

    Aujourd’hui, ce sont les retrouvailles avec Doc Sylvie, qui rentre de vacances, et qui va froncer les sourcils derrière ses lunettes en découvrant mes derniers exploits. Je vous raconterai tout ça, évidemment. Mardi, nous partirons en escapade pendant quelques jours, pas très loin d’ici, mais dans un endroit que nous ne connaissons pas. C’est une surprise pour l’anniversaire de mon chéri et nous rentrerons samedi. Vous aurez droit à quelques photos puisque je vais emporter mon ordinateur portable. J’aurai ainsi plus facilement accès aux résultats de la prise de sang, surtout pour les dragons virus. Certaines activités sur place sont prévues, d’autres seront improvisées, il faut toujours laisser une place aux inspirations de dernière minute.

    Un indice concernant la ville où nous séjournerons : c’est une cité « idéale » fondée entre 1631 et 1647 qui porte l’empreinte et le nom de son célèbre commanditaire, homme d’état et d’église.

    En attendant, et pour vous faire patienter avant le compte rendu de la matinée, je vous propose d’écouter une chanson que feraient bien d’apprendre les dirigeants populistes européens qui ont hurlé à l’invasion après les derniers événements tragiques (plusieurs dizaines de morts) dans l’enclave espagnole de Ceuta.

    Actualisation à 10 h 50

    Nous venons de rentrer du CHU, ce fut une affaire rondement menée. Doc Sylvie m’a simplement dit « Félicitations ! » lorsque je lui ai expliqué que j’avais profité de son absence pour faire des bêtises. Elle a ensuite demandé si tout était réglé après le traitement aux antibiotiques et m’a ausculté. La baisse de la cortisone se poursuit, progressive, mais constante, et, si je ne fais pas mon intéressant, on se reverra en consultation le 3 septembre, avant notre départ en Crète. Maintenant, on va attendre les premiers résultats demain, et les résultats CMV et EBV un peu plus tard. J’ai eu également l’injection du rappel de vaccin Pentavac, qui, normalement, ne me provoque aucune réaction.

    L’orage gronde au loin et le ciel s’ennuage sérieusement, avec quelques gouttes de pluie… Un bon arrosage ne ferait pas de mal.

    Mardi 4 août

    Le sac est prêt, et plusieurs d’entre vous, notamment, par ordre d’apparition : Annick, Valéry et Asmae, ont deviné de quelle cité idéale il s’agit. C’est donc une ville, cité idéale sortie de l’esprit d’un homme d’état et d’église, le Cardinal de Richelieu. La ville s’appelle… Richelieu, tout simplement. Nous séjournerons à l’hôtel du Puits Doré, ce qui nous permettra de nous promener tranquillement dans les rues et de découvrir le riche patrimoine de cette cité. Vous aurez des photos, bien entendu.

    Pour revenir à des préoccupations plus prosaïques, j’ai pu consulter, ce matin, les résultats de la traditionnelle prise de sang. Bonne nouvelle : l’infection a « disparu » avec un retour presque à la normale des neutrophiles. Le foie reste perturbé, mais sans excès. La nouveauté est l’apparition d’une myélémie. Il s’agit de cellules sanguines immatures qui devraient rester dans la moelle osseuse, le temps de « mûrir », et qui se retrouvent dans le sang. Deux hypothèses que m’a confirmées ChatGPT : soit il s’agit d’une « agitation » passagère à la suite de la pyélonéphrite, et dans ce cas cela disparaîtra à la prochaine analyse, soit il s’agit d’autre chose qui serait à surveiller de près si, en septembre, on retrouvait la même anomalie. La formule sanguine reste correcte, avec une hémoglobine toujours solide, mais pas mal de réticulocytes (ce sont là aussi des globules rouges immatures que la moelle osseuse produit en quantité). Les plaquettes sont nickel pour le moment. Les gammaglobulines sont en baisse, ce qui est la signature d’une faiblesse immunitaire toujours présente. Bref, rien d’alarmant, mais Doc Sylvie va surveiller attentivement tout ça. Demain, je devrais avoir les résultats EBV et CMV, et j’espère que les deux dragons virus sont soit stables, soit endormis. On croise les doigts. Sur ce, je vous dis à demain, peut-être, plutôt dans la soirée afin de mettre les photos.

    Mercredi 5 août

    Après un trajet sans problème, nous avons pu découvrir la chambre de notre hôtel et la cité idéale puisque nous sommes arrivés un peu après 17 h. Cela nous a permis d’effectuer un premier repérage des lieux et de voir des endroits très intéressants : les halles, à deux pas d’ici, les rues avec les maisons « ouvrières », plus modestes et recouvertes de tuiles, et les artères principales, aux immeubles cossus, avec des hôtels particuliers qui respirent l’opulence. Ces belles demeures sont recouvertes d’ardoise d’Anjou, qui était le symbole de la richesse. Des panneaux relatant l’historique de la ville permettent de comprendre comment la cité idéale a été conçue et comment elle a évolué par la suite. Nous avons aussi visité l’église, impressionnante par sa taille, et nous avons rendu visite aux charmantes dames qui sont présentes à l’office du tourisme, juste à côté de l’église. On nous a accueillis très gentiment, avec des conseils sur les visites à faire dans le secteur (il faudrait un mois pour tout voir) et nous avons aussi acheté deux billets avec une double visite que nous allons faire ce matin. D’abord le musée Richelieu, qui se situe à l’étage de la mairie, puis une deuxième visite, avec une reconstitution virtuelle du château de Richelieu, qui a malheureusement disparu alors qu’il préfigurait Versailles.

    Voici quelques photos prises hier :

    Vendredi, nous découvrirons la cité de façon plus approfondie puisque nous avons réservé une visite guidée qui est effectuée par une guide professionnelle passionnée. Elle a d’ailleurs écrit plusieurs livres.

    Nous avons passé une excellente matinée, avec visite du parc, là où se situait le château de Richelieu, dont il ne reste presque rien, sinon cet immense espace arboré, magnifique, ombragé et très agréable à visiter le matin. Franchement, c’est une belle promenade à faire. Je disais à Michel « C’est une ville pour les vieux, tout est plat, mais tellement apaisant ! ».

    Ensuite, nous avons visite le musée consacré à Armand André du Plessis, Duc de Richelieu. C’était très intéressant, et la visite suivante, au 28 de la Grande Rue nous a permis de comprendre encore mieux le personnage et sa cité idéale, nous avons aussi pu visualiser le château, aujourd’hui disparu, grâce à des films remarquablement réalisés. Que dire de Richelieu ? Personnage complexe, remarquablement érudit et intelligent, fin stratège, haï de son vivant (il a parfois poussé le bouchon un peu loin, Maurice !) mais il raisonnait avec le « logiciel de son époque » ; il s’appuyait sur un réseau d’espions, des moines, terriblement efficaces, et possédait une intelligence hors du commun et un QI de surdoué. On lui doit l’Académie française (cela peut paraître suranné, mais j’ai le plus profond respect pour cette institution, qui permet, entre autres, de comprendre et d’intégrer les évolutions de notre langue), on lui doit aussi la renommée de la Sorbonne, et ce n’est pas rien. L’homme était-il sympathique, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, non probablement pas puisque le peuple a allumé des feux de joie à l’annonce de sa mort. Mais il a marqué l’histoire de France, et il a envoyé Marie de Médicis en exil, aux Pays-Bas, après la journée des Dupes. Il est mort à 57 ans, ce fut une vie brève, mais qui a marqué l’histoire de notre pays. Dumas en a fait un personnage détestable, tout en reconnaissant ses immenses qualités. Voyez-vous, tout n’est pas noir ou blanc. On est très loin de la caricature trumpiste. C’était un visionnaire, un homme rusé et intelligent, un esthète cultivé. C’était Armand André du Plessis, duc de Richelieu, homme controversé et tellement ancré dans notre histoire de France qu’il serait malvenu de le caricaturer encore. Pour info, je suis persuadé que sa statue nous suit du regard lorsque nous passons devant. Il fronce le sourcil en se demandant ce que nous pensons de lui. Armand André, je te kiffe grave ! En plus, tu adorais les chats, et un homme qui aime les chats, au point de demander qu’ils soient présents et respectés dans la cité idéale ne peut être entièrement mauvais. Au contraire.

    Petite contrariété en recevant les résultats des dragons virus ce matin. Si EBV reste stable, mais toujours positif, CMV a décidé de se réveiller. Alors, il n’est pas au maximum de son pouvoir de nuisance, mais son réveil a valu une alerte de la part du labo, qui préconise une surveillance rapprochée de ce dragon virus insupportable. Enfin quoi, il ne pouvait pas rester endormi ? Doc Sylvie va être contrariée, autant que je le suis.

    Jeudi 6 août

    C’est un jour très important puisque nous allons célébrer l’anniversaire de Michel, avec une « surprise » dont je reparlerai plus tard (parce que ça doit rester une « surprise » pour le moment).

    Hier après-midi, après notre matinée parc + découverte du cardinal, nous avons fait une petite sieste après le déjeuner et nous sommes allés ensuite visiter le très joli château du Rivau, situé à quelques kilomètres d’ici. Nous avons attendu le départ d’un petit groupe et Emma, notre guide, très intéressante, nous a menés jusqu’à l’entrée du château en donnant quelques repères historiques. La visite du château se fait de façon libre. Ensuite, nous avons découvert les jolis jardins qui ont été créés par la propriétaire actuelle, avec la thématique « contes de fées ». C’était très agréable, d’autant plus que nous avons pu déambuler à l’ombre pendant la quasi-totalité de la visite. Nous avons constaté au retour que nous avions parcouru 5 km depuis le matin. Le soir, après avoir fait quelques emplettes au supermarché, nous avons pique-niqué dans le parc un peu avant sa fermeture quotidienne. Il faisait bon, c’était également très agréable et nous n’étions pas dérangés par les voisins, à part une bande de corneilles bavardes qui commentaient notre repas, ou notre présence.

    Voici quelques photos du château du Rivau :

    Les boomers se sont déchaînés en 1988 sur ce tube. Tristan était devenu chanteur par hasard, il était peintre et n’a pas poursuivi de carrière dans la chanson. Il est mort très jeune d’un cancer fulgurant, ce genre de trucs qui ne vous épargne pas.

    Alors, pour les boomers et la gen Z, voici ce qui peut vous mettre de bonne humeur le matin.

    Il est 16 h 45 et nous sommes de retour d’un très plaisant périple. Nous avons commencé par une visite des vignes et des caves du château du Petit Thouars, accueillis par le propriétaire qui descend de l’illustre famille. Je ne vais pas vous retracer l’historique de ce joli château, mais insister sur la gentillesse de l’accueil de la part de notre hôte, et de son jeune fils. Le chien est venu nous dire bonjour, le chat aussi et c’est une preuve de savoir-vivre. Les explications de M. du Petit Thouars étaient très complètes, intéressantes et il a bien expliqué les enjeux de cette année 2026 si spéciale avec la sécheresse actuelle. Un peu de pluie en fin de saison permettrait de sauver la récolte. Nous étions trois couples dont un monsieur et une dame qui ont fait le voyage depuis l’Australie. Ils sont enchantés de leur séjour en France et garderont de merveilleux souvenirs. Nous avons ensuite pique-niqué. Chaque couple avait un emplacement, nous étions sous un hêtre, face aux vignes, à l’ombre, et le panier pique-nique ne contenait que des bonnes choses. Nous avons un peu traîné pour déguster tout cela.

    Ensuite, nous sommes allés au musée Rabelais, à la Devinière, c’était à une dizaine de kilomètres du château. Rabelais y est certainement né, et le domaine appartenait à son père. L’ensemble comprend des pièces de vie, des endroits consacrés à Rabelais et à son œuvre et c’était très intéressant. Le littéraire que je suis a toujours eu beaucoup d’intérêt pour les écrivains humanistes, j’ai retrouvé les citations qui donnaient la thématique des dissertations, la pensée moderne de ce médecin, sa créativité (il a quand même inventé le terme « braguette ») et sa pensée, si moderne qu’elle lui a parfois valu quelques mésaventures, mais l’homme s’en est toujours bien sorti. Médecin réputé, écrivain parfois controversé, à l’imagination débordante et au langage truculent, créatif et novateur. Je le kiffe autant que le cardinal, en lui reconnaissant d’autres qualités et une profonde connaissance de la nature humaine.

    Voici quelques photos avant de clore cet article. Demain, nous avons une visite guidée de la ville et, le soir, un marché avec tablées sur la place du marché, juste à côté.

    1 août 2026

  • La vie après la greffe, 30 juillet 2026

    Vendredi 24 juillet

    La bactérie responsable de la pyélonéphrite, et donc de l’infection urinaire associée, est connue : The winner is « Escherichia coli », que l’on retrouve très majoritairement dans ces infections. Vous qui suivez attentivement tous les épisodes (vous avez battu les records sur mon dernier article), vous allez me demander « Mais alors, que vient faire le staphylocoque warneri dans cette histoire ? ». Bonne question, soit il s’agit d’une contamination accidentelle du prélèvement, soit il a profité de l’épisode « poignée de porte » pour explorer un organisme déjà affaibli par sa copine. Le débat sera-t-il tranché ? On s’en fiche un peu, puisque le Tavanic lutte efficacement contre les deux, il figure dans l’antibiogramme établi après l’identification de la vilaine Escherichia coli. Ce qui est certain, c’est que, si j’avais attendu, on allait tout droit vers la septicémie.

    Ce matin, pendant mes cours de grec (je ne lâche rien, même si je ne suis pas certain d’avoir mémorisé tous les « possessifs » étudiés) je me suis dit : « Tiens, c’est bizarre, j’entends beaucoup mieux de l’oreille gauche ». Forcément, pauvre cloche que je suis, la prothèse droite ne répondait plus, j’ai vérifié avant le repas. Ce qui m’a inspiré la phrase suivante : Houston, we’ve had a problem !

    Vous allez me dire que Tom Hanks ne dit pas exactement la même chose dans le film (excellent) Apollo 13, puisqu’il prononce la phrase au présent, alors que je vous ai donné la phrase au present perfect, qui indique une action passée, mais dont on constate les conséquences, donc peu éloignée dans le temps. Si dans le film on a privilégié le présent, c’est pour renforcer l’intensité dramatique du moment. Pour le plaisir, voici l’échange historique :

    « 055:55:19 Swigert: Okay, Houston …

    055:55:19 Lovell: … Houston…

    055:55:20 Swigert: … we’ve had a problem here. [Pause.]

    055:55:28 Lousma: This is Houston. Say again, please.

    055:55:35 Lovell: [Garble.] Ah, Houston, we’ve had a problem. We’ve had a Main B Bus Undervolt. »

    Traduction :

    « 055:55:19 Swigert : Okay, Houston …

    055:55:19 Lovell : … Houston…

    055:55:20 Swigert : … on a eu un problème ici. [Pause.]

    055:55:28 Lousma : Ici Houston. Répétez, s’il vous plaît.

    055:55:35 Lovell : [Brouillage.] Ah, Houston, on a eu un problème. Nous avons eu une sous-tension du bus principal B. »

    Source :

    Houston, we have a problem — Wikipédia

    Extrait :

    Ma prothèse est réparée après un rapide passage chez l’audioprothésiste, je peux donc dire : I’ve had a problem, but everything’s fine now !

    Week-end des 25 et 26 juillet

    Dimanche 25 juillet

    Oui, je sais, je n’ai rien écrit hier. Pour résumer, ce fut une journée « récupération ». Je me suis occupé du potager hier matin, rien d’extraordinaire en soi, et j’ai sombré ensuite : somnolences dans le fauteuil, mais j’ai émergé pour préparer le repas. Même chose l’après-midi, avec un mieux en fin de journée. Quand le corps a besoin de récupérer, il sait vous le dire. Il ne sert à rien de lutter, j’évite juste de passer la journée au lit et j’essaie de m’occuper en cuisine. Hier soir, c’était salade de pommes de terre tièdes, ciboulette, hareng, oignons, avec une petite vinaigrette au citron. Les choses simples sont souvent les meilleures et nous nous sommes régalés.

    Lorsque nous nous sommes couchés, la lune avait cette couleur orangée typique des ciels enfumés, aucune étoile n’était visible, juste ce disque sinistre semblant annoncer une apocalypse proche. Ce qui se passe dans les régions touchées par les incendies est terrible, épouvantable, mais malheureusement, c’était prévisible.

    Consolation, j’ai entendu pendant le « Papotin », une de nos émissions favorites, une chanson de Mika. C’est un artiste que j’aime bien, parce qu’il a une personnalité attachante, une sensibilité et une intelligence tout à fait remarquables.

    Y’a des baisers qui s’perdent
    Des baisers qui traînent
    comme des chats gris
    sur les toits de Paris
    Qui vivent leur vie
    Y’a des baisers qui s’perdent
    En chemin, qui s’retrouvent
    Comme des cons
    Des baisers vagabonds
    Qui dorment sous les ponts
    Où coule la Seine
    Un peu de leur peine
    On ne sauve plus des baisers perdus
    Y’a des baisers qui s’perdent
    Des baisers qui rêvent d’être volés
    Qui n’ont jamais osé aller se poser
    Y’a des baisers qui s’prennent
    En photo, des baisers de Doisneau
    Moi j’reste le bec dans l’eau
    Dans le caniveau
    Où finit l’amour
    Un peu chaque jour
    On ne sauve plus des baisers perdus
    Où s’en vont-ils
    Ces baisers qui se perdent
    Quand tu es devant moi
    Où s’en vont-ils
    Seuls au monde à n’attendre que toi
    Dis-le moi
    Y’a des baisers qui s’perdent
    Des baisers qui traînent
    Comme des chats gris
    Sur les toits de Paris
    Qui vivent leur vie
    Y’a des baisers qui s’perdent
    En chemin, qui s’retrouvent
    comme des cons
    Des baisers vagabonds
    Qui dorment sous les ponts
    Où coule la Seine
    Un peu de leur peine
    On ne sauve plus des baisers perdus

    En beaucoup moins poétique, mais ce blog se veut aussi une source d’informations médicales, je pense que si j’avais visionné cette petite vidéo, j’aurais identifié mon problème beaucoup plus tôt, alors, si ça peut servir…

    Dans la série « été meurtrier », Marie-Paule Belle est la dernière victime. C’était une artiste singulière, qui fut la compagne de Françoise Mallet-Joris, et dont les chansons ne s’inscrivaient décidément pas dans la ligne des mièvreries ou des bluettes de nombreuses chanteuses contemporaines. Elle avait du caractère, des choix précis, une carrière souvent en dehors des strass et des néons, un côté « Barbara » aussi, avec cette envie de faire un parcours qui lui convenait, qui s’inscrivait dans une démarche artistique et personnelle. Voici quelques semaines, à 80 ans, elle avait indiqué que le spectacle, c’était fini. Et pour cause, l’artiste luttait contre un cancer et avait sans doute compris qu’elle allait bientôt tirer sa révérence.

    J’ai élucidé un grand mystère ce matin. Alors que je m’apprêtais à continuer mon circuit touristique hospitalier, avec une consultation programmée en néphrologie, je me suis aperçu, tout à fait par hasard et en me connectant à l’application « CHU connect » vendredi en fin d’après-midi, que le rendez-vous n’existait plus. Mystère… En revanche, une consultation avait eu lieu le 21 juillet. Rappelez-vous, le 21 juillet, je suis arrivé en consultation post-greffe en urgence, avec une fièvre à 39°. Doc Chama avait donc programmé prise de sang, prélèvements et scanner. Quand elle a eu le résultat du scanner, elle a contacté l’équipe de néphrologie pour avoir des conseils sur l’antibiotique à administrer. La dame qui m’a répondu alors que j’appelais le service consultations de la néphrologie, m’a confirmé que je n’avais pas de consultation prévue, et qu’il devait s’agit d’une saisie automatique lorsque Doc Chama a contacté le service. Elle ne comprend pas non plus pourquoi la date du 27 juillet avait été placée, ni pourquoi j’ai été destinataire de la notification et du questionnaire me demandant de confirmer ma présence. J’ai répondu que j’étais quelqu’un de sérieux, et que, si je n’avais pas pris la peine de vérifier, je serais venu au « non rendez-vous ». Bref, l’application est bien faite, mais il y aura des correctifs à apporter.

    Autre sujet qui me « tourmente », la MGEN est désormais aux abonnés absents et rien ne bouge sur mon dossier. Il ne faut pas trop pousser le Bélier dans ses retranchements, j’ai fait preuve d’une patience infinie avec ce contrat imposé contre toutes les règles en vigueur. On m’affirme que mon dossier est en cours d’examen… Il faut croire que tout le monde est parti en vacances. De guerre lasse, je viens de faire un signalement à la DGCCRF, il y avait une case où figurait le mot « mutuelle », alors ce fut facile, avec un document récapitulatif que j’ai joint à l’envoi. Cela ne va pas plaire, mais visiblement, on ne s’est jamais posé la question de savoir si les modifications intempestives et illégales allaient plaire aux adhérents.

    Je mets le lien vers la DGCCRF, vous pouvez en avoir besoin en cas de litige avec différents prestataires, commerces, etc.

    DGCCRF | economie.gouv.fr

    Mardi 28 juillet

    La journée commence plutôt bien. Après le tour de jardin très matinal, et dans la fraîcheur du lever du jour, j’ai préparé un taboulé pour ce midi et nettoyé le barbecue que je vais utiliser ce midi. Pas de quoi se rouler par terre de joie, me direz-vous. Certes, mais je viens de recevoir, via Messenger, un message que j’attendais depuis plusieurs semaines de la part de la MGEN. Rappelez-vous, j’ai saisi hier la DGCCRF. Faut-il y voir une conséquence, suite à une intervention de cet organisme ? Je vous laisse juges ; voici le message reçu :

    J’ai le plaisir de vous confirmer que j’ai effectué la mise à jour de votre dossier.
    Votre contrat collectif retraité est annulé.
    Vous pourrez visualiser cette mise à jour sur votre espace personnel dans un délai de 24 à 48 heures.
    Et enfin, vous recevrez , prochainement un courrier de régularisation de vos cotisations.

    Parfois, dans la vie, être teigneux ça finit par payer. Maintenant, il va falloir effectuer les mises à jour à la pharmacie et à l’hôpital, mais ce n’est pas bien grave : j’ai l’habitude. Je suis sur un groupe de retraités MGEN, mécontents d’avoir été jetés comme des malpropres et ramant comme moi pour être régularisés. Certains, parmi les plus anciens, ne sont pas à l’aise avec les outils numérique. Une dame a fait un malaise cardiaque quand elle a reçu le courrier, d’autres n’en dorment plus de la nuit et sont angoissés, un bon nombre ont découvert qu’ils n’avaient plus de mutuelle. Je pense que tout cela finira par remonter, et il faudra bien que les responsables (on ne peut pas se cacher tout le temps derrière des procédures prétendues « automatiques) finiront par devoir s’expliquer.

    Je viens de recevoir un mail qui me signale que l’entreprise (MGEN) a reçu le signalement ce matin… Comme quoi…

    L’entreprise a pris connaissance de votre signalement aujourd’hui.

    Si elle propose une solution ou corrige le problème, vous recevrez un email.

    Pour information, les enquêteurs de la répression des fraudes ont également bien reçu votre signalement.

    À bientôt sur SignalConso !

    L’équipe SignalConso

    Je ne sais pas si je dois le signaler à la DGCCRF, mais je viens de découvrir que mon ange gardien s’appelle « Mahasia ». Bon, jusque-là, il n’y a pas de quoi fouetter un ange ou un chérubin, ce n’est pas le nom qui me dérange. Déjà, je pense que, pour me protéger efficacement, il faut une armée, au moins. Disons un escadron d’anges expérimentés et super entraînés. Non, ce qui me dérange, c’est son heure d’influence : entre 1 h 20 et 1 h 40. Comment voulez-vous que je ne me réveille pas vers 2 h du matin alors que l’ange vient de me jouer un air de trompette à l’oreille ? Peut-on demander à changer d’ange gardien, et à qui doit-on s’adresser ? En tant que « fils de Dieu » – c’est le nom de jeune fille de ma mère, j’ai bien ma petite idée, mais « Il » est tellement occupé, entre les guerres, les incendies, les épidémies et quelques dirigeants frappadingues, que j’hésite un peu. L’ange gardien de Michel, Yeratel, a une heure d’influence beaucoup plus raisonnable, entre 8 h 40 et 9 h. Ce sont des créneaux de 20 minutes, en dehors de ce laps de temps, je ne sais pas ce que font les anges gardiens. Peut-être organisent-ils des tournois de bridge, ou des matchs de rugby… « Il est interdit de toucher la balle avec les ailes ! Saint Michel vous le répète avant chaque match ! De même, on n’utilise pas ses pouvoirs pour regarder le jeu de l’adversaire quand on joue au bridge… Attention, Lucifer avait déjà transgressé ces règles, vous risquez d’être déchus, très déchus ! »

    Mercredi 29 juillet

    L’été s’ra chaud, l’été s’ra chaud ! Vous connaissez la suite. Oui, il fait chaud, mais c’est encore supportable pour le moment. La clim est en route, en mode tranquille, afin de maintenir la température autour de 25 / 26°.

    J’ai eu une séance chez notre sympathique ostéopathe en fin de matinée. Une douleur résiduelle côté droit (dos et flanc) est certainement due aux « restes » de la pyélonéphrite avec une irritation de l’urètre. Cela reste supportable, sans pointe aiguë. J’ai pris le dernier comprimé d’antibiotique hier soir, et cet après-midi, sur conseil du praticien (alias « François Magicien d’Os »), c’est repos.

    Demain matin, retour au CHU, avec échographie des tissus mous du cou et visite de suivi en dermatologie, l’article sera donc actualisé en début d’après-midi pour vous faire un petit compte-rendu.

    Voilà tout le nouveau sous le soleil torride de cette fin juillet.

    Jeudi 30 juillet

    Alors que l’orage menace, avec éclairs et tonnerre mais sans pluie conséquente pour le moment, je profite de cette heure matinale et rafraîchie pour vous donner des nouvelles de ma mutuelle. C’est une véritable saga d’été, aussi passionnante que les séries interminables et soporifiques que nous subissions lorsque nous étions en vacances chez nos parents. La MGEN a donc mis à jour mon dossier, après la remontée de bretelles de la DGCCRF qui m’a par ailleurs contacté pour avoir mon avis. Tout est rentré dans l’ordre à un gros détail près. On me demande une double cotisation en août, alors que j’ai déjà été prélevé en juillet. Ce prélèvement n’aurait pas dû avoir lieu, mais il a bel et bien été effectué comme je l’avais signalé à une téléconseillère via Messenger : « Je le note sur votre dossier ». Eh bien, croyez-le ou pas, cela n’a pas été pris en compte et l’échéancier prévoit donc une double cotisation pour le mois d’août, alors qu’ils me « doivent » 27€. J’ai, comme vous vous en doutez, immédiatement réagi par une série de messages sur la messagerie Facebook et via l’espace adhérent, en leur demandant par quelle sorcellerie (c’est l’expression exacte que j’ai utilisée) ils avaient pu faire un tel calcul, et en demandant que les dossiers soient actualisés par des personnes compétentes et rigoureuses. J’ai demandé ironiquement s’il fallait que je saisisse une nouvelle fois la DGCCRF. Pour le moment, c’est le grand silence, mais je pense que la bête n’est pas encore tout à fait morte et une réaction est toujours envisageable. Ce n’est plus une mutuelle, c’est un canard sans tête, qui fonce vers sa perte.

    Je reviendrai plus tard vous donner des nouvelles de la mutuelle (si j’en ai) et je vous ferai un petit compte-rendu de la matinée au CHU. Soyez sages en attendant.

    Actualisation à 8 h 00 : en fait, il a bien plu et le jardin va être content.

    Actualisation à 15 h

    Voici un petit résumé de la matinée au CHU. Notre parking habituel était très accessible, on sent que les patients ont pris des vacances et le flux habituel s’est tari comme la Loire. Nous sommes « montés » à la chapelle et je suis passé assez rapidement à l’échographie : quelques ganglions, mais sans caractère de gravité (j’ai de toute façon des ganglions depuis ma LLC). Nous avions du temps devant nous, et nous sommes allés prendre un café en terrasse, à l’ombre, à la cafétéria, avec un muffin aux myrtilles (je conseille, ils sont délicieux). Petite pause agréable avant de repartir en dermatologie. La dermatologue, très sympathique, avait bien étudié le dossier, et elle a confirmé qu’un suivi tous les 6 mois était indispensable, compte tenu de mon historique de santé, et du déficit immunitaire. Elle a ensuite traité à l’azote liquide le lobe de l’oreille déjà opéré (petite kératose qui se reformait) et a surtout vaporisé pas mal d’azote liquide sur une zone plutôt mal située (sous l’orbite de l’œil droit). Si la zone traitée évolue péjorativement d’ici le 28 janvier, date de la prochaine visite, il faudra de nouveau effectuer un prélèvement. Mon cas sera discuté en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire), notamment pour déterminer la fréquence des échographies. Je suis donc satisfait du sérieux avec lequel le dossier a été pris en charge, et rassuré.

    Nous sommes allés ensuite « traîner » au centre commercial en forme de soucoupe volante. Nous avons déjeuné dans notre brasserie habituelle, puis nous avons cherché des assiettes pour remplacer celles que j’avais cassées. Nous avons trouvé 8 assiettes plates, au design sobre, en porcelaine et « faciles à vivre ». Je n’ai pas encore testé leur solidité.

    Il m’est revenu en mémoire une chanson de Pierre Perret que les moins de vingt ans ont le droit de ne pas connaître :

    27 juillet 2026

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